Samedi 17 Octobre 2009 - 09:20
Ahmad Jamal & Sun Ra Arkestra aux NJP 2009 : une bonne paire de claques
Nancy Jazz Pulsations 2009 : la sélection de la rédaction
Chapiteau comble, jeudi 15 octobre 2009, pour LA soirée jazz à ne pas manquer de cette 36e édition des NJP. À savoir la jolie mécanique de Walter Smith III, la douce folie du Sun Ra Arkestra ; et le sixième sens d’Ahmad Jamal…
L'artiste en pleine action et pour le plaisir du public. - ©LPC|David Siebert
De la prestation un poil ronronnante de Walter Smith III, on retiendra surtout la formidable aura du trompettiste Ambrose Akinmusire, dont le visage quasi poupin dissimule de toute évidence quelques failles qu’il livre en musique, ainsi qu’un formidable chorus de contrebasse de Harish Raghavan. Tout cela est encore un peu vert, mais non dénué d’ambition. Idéal pour entamer une soirée d’une telle envergure. Walter Smith nous envie d’ailleurs de pouvoir profiter, assis, de ce qui va suivre…
Joyeuse apocalypse
Et ce qui suit, c’est tout d’abord la déferlante Sun Ra. Le maître, bien entendu, n’est plus, mais son disciple Marshall Allen a repris le flambeau avec à peu près autant de folie, l’amour du jazz classique de Benny Carter ou de Willie Smith en plus. Passée une introduction apocalyptique comme il se doit, ce mélange de deux conceptions extrêmes du jazz, la recherche pure d’un côté, le pur plaisir de l’autre, fait merveille jusqu’au bout d’un formidable set d’une heure. Et prouve à ceux qui en doutaient, et pas seulement à cause de la cape rouge pailletée de Marshall ou des acrobaties de Knoel Scott, que le jazz, même le plus exigeant, même le plus facétieux, est avant tout et surtout source de joie.
Une légère inquiétude
Enfin, vers vingt-trois heures, celui que tout le monde attend, Ahmad Jamal. Monsieur « si j’étais cuisinier je vous servirais l’entrée, le plat de résistance et le dessert en même temps ». Première surprise, le trio s’est mué en quatuor grâce à l’apport de Manolo Badrena, colosse aux mains d’argile derrière son assemblage de percussions panaméricaines et africaines. Seconde surprise, le batteur Idris Muhammad n’est pas de la partie. On ne perd pas trop au change avec Kenny Washington, qui a entre autres collaboré avec Dizzy Gillespie ou Benny Goodman, excusez du peu. On s’inquiète juste de ne pas retrouver l’osmose qui lie depuis plusieurs années maintenant Ahmad Jamal, Idris Muhammad et le contrebassiste James Cammack qui, lui, participe au show.
À l'écoute
L’inquiétude sera de courte durée. Tout d’abord, Ahmad Jamal, en trio comme en quatuor, ne change pas ses habitudes. Il n’énonce pas vraiment les thèmes, il les contourne, les module d’entrée de jeu, préférant même parfois démarrer sur un background polyrythmique qui lui permettra de faire des allers retours entre le thème et les phases d’improvisation pure. Aux musiciens de le suivre et de surveiller les différents signes qu’il leur adresse (main vers le bas tu t’arrêtes, main vers le haut tu reprends, battements de mains tous ensemble), lui restant toujours à l’écoute de ce qui passe pour glisser une distorsion fortissimo juste après avoir installé une atmosphère posée.
Standing ovation
Le jeu, pour le spectateur, consiste alors à reconnaître le standard, voire les bouts d’autres standards ou de compositions personnelles qu’Ahmad glisse en une mesure. Un instant, on hésite entre But not for me et Like Someone in Love est c’est Like Someone in Love qui s’impose, même si l’on distingue également, brièvement, quelques notes de Put Another Nickel In Music Music Music. Bref, Ahmal s’amuse et la salle aussi. Et il y en a peu qui, comme lui, savent installer un thème de cinq ou six notes en une mesure, en jouer une seule la mesure suivante, puis douze la mesure d’après. Peut-être même qu’il n'y en a plus aucun comme lui. Ou alors sans cette classe naturelle qui est la sienne, sans ce véritable sixième sens. On appelle ça le génie. Et quoique le public du jazz ait la standing ovation facile, celle qui a suivi la fin de ce concert était plus que méritée : obligatoire.
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