Mardi 16 Février 2010 - 12:30
Denis Robert, quand le journaliste enfile son costume d'artiste...
On connaissait ses papiers dans "Libération", on connaît moins la face B du journaliste.
Récemment relaxé dans l'affaire Clearstream, le journaliste d'investigation a saisi le prétexte de l'épisode juridico-politique pour se lancer dans une nouvelle aventure, celle de la création artistique. Clearstream, il ne voulait plus en parler, mais finalement c'est un sujet devenu incontournable, même s'il s'en défend. Rencontre.
Denis Robert, un créatif qui met son talent au service de la vérité. - ©LPC|ML
« J’ai toujours cru dans mon livre, et un jour, vous apprenez que des chefs de rayon retirent votre livre des linéaires... c'est cela qui a fait tilt ». Voilà comment DenisRobert explique son changement de cap. Lorsque son livre, Clearstream l’enquête, est retiré de la vente, le choc est rude. Jusque-là, Denis Robert considérait les librairies comme des sanctuaires, et voilà qu'il se retrouve au cœur d'une machinerie dont il n'imaginait pas l'ampleur. Lui vient alors l'idée de jeter sur une toile les listings de l'affaire. Une autre manière d'informer. L’aventure commence par une première exposition à la galerie B.A.N.K, montée avec son ami Philippe Pasquet, accessoirement professeur de dessin de sa fille.
L’Art, il n’y est pas venu par hasard. Depuis son plus jeune âge, il crayonne. Oh, il le dit lui-même, il ne se considère pas comme un artiste ou un simple dessinateur, tout juste comme un passionné. « J’aime me perdre dans les toiles (...) surtout quand y apparaît une sorte de mystère, de rage ou de violence ». Ses amis sont des dessinateurs de BD, les murs de sa maison sont couverts de tableaux abstraits, des ouvrages d’art contemporain jalonnent les étagères de sa bibliothèque, son amour pour la peinture et les musées est incommensurable, mais attention, il prévient : « je déteste plein de choses ! ». Il aime Picasso mais déteste Dali, il apprécie l'œuvre de Rubens mais trouve le cubisme inintéressant. En somme, c'est un homme d'opinion, qui ose, et c'est précisément cette personnalité affirmée que l'on retrouve lorsqu'il décide d'enfiler sa cape d'artiste contemporain.
Tout artiste tourmenté a un leitmotiv, Denis Robert a trouvé le sien
Instinctif et autodidacte, il est assez documenté sur le sujet pour créer quelque chose de fort et de cohérent à la fois. Il n'est pas de ces hommes qui se laissent prendre en otage par la situation, mais bien de ceux qui s'en servent pour avancer, ses tableaux le prouvent. Le sur-place, il ne connaît pas. Si Clearstream a bouleversé sa vie et celle de ses proches, entre polémiques, enquêtes, instruction et procès, l'affaire s'est également révélée un moteur et une source d'inspiration. Aujourd'hui, il essaye de ne plus trop en parler, comme s'il voulait occulter cette force de caractère qui est sienne et qui lui a permis de rebondir. C'est probablement la pudeur et la volonté de laisser cette affaire derrière lui qui fondent ses motivations ; il n'empêche qu'en 2006, lorsque son livre est retiré de la vente, Clearstream devient une sorte de poil à gratter, du moins le point de départ d'un cheminement artistique. Et aujourd’hui, même s’il pense ne jamais pouvoir oublier cet épisode, même s’il envisage désormais la création sous un nouvel angle, il sait que l’Affaire des affaires l’a poussé vers l’Art, une expression dont il ne se faisait auparavant que le relayeur. Aujourd'hui, il ne transmet plus seulement sa passion, il offre au public sa propre version du contemporain et du moderne.
La résistance, une démarche artistique
Denis Robert aime créer des chocs visuels et provoquer des émotions. Sa première série de tableaux affiche sa volonté de confronter l’Humanité au chaos. Il a imprimé sur toile des listings de Clearstream qu'il a taggués au feutre noir. « Je voulais opposer la froideur du langage numérique à l’imperfection d’une écriture manuscrite » explique t-il avant de raconter, pour l’anecdote, que son premier acheteur était un Américain qui ne parlait pas français et qui, visiblement, n'avait pas eu vent de la polémique. Une œuvre d’art doit susciter une émotion, quelle que soit l’émotion, et visiblement, Denis Robert a réussi. Pour sa deuxième expo à la Galerie W, en plein cœur de Montmartre, il a travaillé seul. Il s'est enfermé dans son antre parisien, et aux listings froids et amers, aux micro-fiches des banques, à ce langage universel des chiffres que les banquiers manient avec agilité, il a préféré des notes prises lorsqu’il travaillait pour Libé, et des photos plus ou moins intimes, en tous cas significatives. Toujours le même processus de collage et de gribouillage au feutre noir : chez Denis Robert, la force des mots passe aussi par l'Art contemporain. C'est ainsi que l'expo JUNK a vu le jour. Denis Robert reste un journaliste profondément humain qui pense que tout est possible, et notamment un monde meilleur. Surtout, il est intimement convaincu que « tout acte de résistance est une forme d'Art ».
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