Vendredi 8 Mai 2009 - 08:01
Emile Gallé s'expose à Vic-sur-Seille
Emile Gallé, nature et symbolisme, influences du Japon
Le musée départemental Georges de La Tour de Vic-sur-Seille concentre encore une fois tous les regards en accueillant pour quatre mois près de 150 œuvres de céramique et de verre, venues de Nancy et de plusieurs pays d’Europe, certaines exposées pour la première fois en France, et réalisées par le fondateur de l’Ecole de Nancy, Emile Gallé, un verrier d’exception, souvent copié, jamais surpassé.
Du bout du monde, le public découvre l'exposition d'Emile Gallé à Vic-sur-Seille. - ©LPC|JML
Emile Gallé, né à Nancy le 4 mai 1846, et dont l’œuvre immense a été redécouverte dans les années 1960, fut un personnage d’exception dans son siècle. Maître verrier, ébéniste et céramiste, il fut le fondateur de l’Ecole de Nancy, qui comptera dans ses rangs des hommes aussi prestigieux que Victor Prouvé, Louis Majorelle, Antonin Daum…Reconnu dans le monde entier, d’abord pour ses travaux de botanique où il faisait autorité, puis par sa production artistique, ainsi que pour ses prises de position répétées en faveur des droits de l’homme, il se voit consacrer par le Conseil Général de Moselle, à partir du 5 mai et pour 4 mois, une exposition qui lui rend un vibrant hommage à travers près de 150 oeuvres de céramique ou de verre. Des pièces exceptionnelles ont été prêtées par des musées internationaux, le musée de Saint-Pétersbourg, de grands musées allemands, la collection particulière de la reine de Danemark, le musée de Nancy bien sûr. La muséographie a été conçue par les propres services du Conseil Général, et selon les mots du président Leroy, il y a là « des objets qui charment les sens, par leur seule présence, avant même toute explication ».
On n’oubliera pas l’importante contribution à cette exposition des collections de l’Hida Takayama Museum et du Suntory Museum of Art du Japon. En effet, si le Japon est à la mode au XIXè siècle, Emile Gallé lui voue une tendresse toute particulière, découvrant dans la sensibilité nipponne tournée vers le culte de la nature une source d’inspiration complémentaire de la sienne propre, qu’il puise dans la nature, aussi bien dans la botanique que dans l’entomologie, domaine où il est également une référence scientifique. Au point que pour les Japonais, Emile Gallé fait partie intégrante de leur culture, et que de nombreuses expositions lui sont régulièrement consacrées au Pays du soleil levant. On admirera dans les vitrines de l’exposition des vases, assiettes reproduisant des motifs japonisants comme le Mont Fuji, les feuilles d’érable, les branches de cerisier, les libellules. De nombreux dessins préparatoires, souvent annotés de la main même de Gallé, attestent du travail minutieux qui précède la fabrication de chaque œuvre.
Gallé, un des meilleurs botanistes de France à l’époque, cultivait dans son propre jardin entre 3000 et 3500 espèces différentes, et tenait un registre très précis des différentes espèces d’une magnifique écriture calligraphiée – exemplaire que l’on découvre à l’entrée de l’exposition. Passionné par les orchidées lorraines, et par leurs mutations génétiques qu’il étudie de très près, il est un fervent partisan de la théorie de l’évolution, et l’orchidée occupe une place de choix dans les motifs qui figurent sur ses œuvres. Les fleurs les plus diverses lui fournissent l’inspiration, d’autant plus qu’elles sont associées dans l’esprit de l’artiste à une symbolique, pas toujours très facile à expliquer, mais qui confère à sa production une dimension spirituelle et métaphysique tout à fait unique dans l’histoire de l’art verrier. Par exemple les colchiques symbolisent à la fois la mort, l’automne, et la résurrection. La passiflore, « couronne d’épines », offre à Gallé une inspiration religieuse somptueuse. L’anémone symbolise le renouveau. Les formes spécifiques des pétales, tige, feuilles, ainsi que les coloris les plus délicats sont utilisés pour aboutir au meilleur rendu artistique possible, jusque dans la forme du vase sur lequel figurent les motifs.
Contrairement à une croyance communément admise, Gallé n’a jamais travaillé la pâte de verre. Ses œuvres sont en céramique, en verre ou en cristal. Il va mener l’art du verre à des sommets jamais atteints de façon artisanale, on a pu dire de lui que c’était le Bernard Palissy de l’art verrier. En 1904 il est à la tête d’un atelier de 170 personnes, dessinateurs, verriers, graveurs, émailleurs, qui fabriquent sous sa direction les pièces qu’il a imaginées, avec les techniques novatrices qu’il ne cesse de perfectionner : marqueterie de verre, inclusions de poudres précieuses, coloration du verre par l’adjonction d’oxydes ou de sels métalliques, décors peints, gravure à la roue, patine sur cristal, tirant des enseignements de chaque pièce brisée. C’est à Meisenthal pendant 20 ans, sous l’administration allemande, car Gallé a refusé de quitter la Moselle annexée, puis pendant 10 ans à Nancy, que seront soufflées et émaillées les plus grandes pièces de Gallé.
Une des plus belles pièces de l’exposition est un vase couleur d’ambre, portant en application une fleur d’orchidée, dont les pétales plus clairs, tirés à la pince, se détachent sur le fond du vase comme des rubans. Chaque pièce demande à être admirée, contournée pour être découverte sous tous ses aspects. Il faut aller voir cette exposition, on en ressort ébloui.
Contact et renseignements : Musée Georges de La Tour Place Jeanne d'Arc - 57630 Vic-sur-Seille Tél : 03 87 78 05 30 - fax : 03 87 05 97 04
Notez
Musique
|
Arts & Expos
|
Spectacles
|
Littérature
|
Voyages
|
LPC, la revue
|
Rédaction
|
LPC TV
|
Chroniques
|
|