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Vendredi 10 Février 2012


Vendredi 5 Juin 2009 - 01:36

« Fille de rouge », par Isabelle Alonso

Un roman de tendresse et de révolte





Avant sa venue à l’Été du Livre à Metz, où elle dédicacera ses ouvrages sous le chapiteau, et où elle participera à un débat, Isabelle Alonso a bien voulu répondre aux questions de La Plume Culturelle concernant son dernier titre « Fille de rouge », aux Éditions Héloïse d’Ormesson.


Isabelle Alonso, auteure de « Fille de rouge » sera à l’Été du Livre à Metz pour dédicacer ses ouvrages. - ©LPC|Sandrine Roudeix
Isabelle Alonso, auteure de « Fille de rouge » sera à l’Été du Livre à Metz pour dédicacer ses ouvrages. - ©LPC|Sandrine Roudeix
On connaît Isabelle Alonso percutante chez Ruquier dans « On n’est pas couché », on la connaît militante, ancienne présidente des Chiennes de garde, on ne doit pas oublier sa production littéraire. Après la parution de l’ouvrage « L’exil est mon pays », où apparaissait la petite Angustias, fille de républicains espagnols exilés en Bourgogne profonde pendant la guerre d’Espagne, celle-ci revient dans le roman « Fille de rouge », une autobiographie revendiquée qui laisse apparaître, sous la plume bien trempée de son auteure, des trésors de tendresse et un cri d’amour pour ses parents et pour l’Espagne.

La Plume Culturelle : Votre livre témoigne d’une énorme tendresse…

Isabelle Alonso : C’est vrai que j’ai voulu rendre avec ce livre un hommage à mes parents. Je n’ai pas voulu tomber dans le pathos en racontant les malheurs d’une enfant d’origine étrangère dans une petite ville française. Au contraire je suis restée dans la subjectivité, dans l’intime d’une famille qui assume sa condition de déracinée et conserve  son identité et sa solidité à travers la langue espagnole. C’était comme si, à l’intérieur de notre petit monde, nous communiquions par un code à nous qui nous donnait la force et l’amour. Car en tant qu’immigrés, et pour la petite fille que j’étais, c’était un défi d’importance, il nous fallait toujours fournir plus d’efforts que les autres !

LPC : Vous êtes née en France, pourtant vous vous considérez toujours en exil ?

I.A. : Tout à fait. Mes parents sont arrivés dans une petite ville qui se donnait bonne conscience, en acceptant d’accueillir des étrangers, des exilés politiques, ce qui entraînait – et je le ressens toujours - une certaine condescendance à l’égard de ces gens venus de l’étranger, des Espagnols envers lesquels j’ai toujours ressenti, encore maintenant, un esprit de supériorité de la part ces gens qui les considéraient comme inférieurs en somme, gens de maison ou ouvriers du bâtiment. Et nous avons toujours gardé des liens très forts avec l’Espagne. J’y retournais tous les étés, à Madrid, avec ma mère, sans problème puisque j’étais Française de naissance. Mon père, lui, n’y est retourné qu’après la mort de Franco.

LPC : La guerre civile espagnole apparaît partout dans votre livre… alors que vous, vous ne l’avez pas vécue…

I.A. : Évidemment. Mon père s’est engagé comme soldat à 15 ans, en 1938 les combats étaient violents. Interné au camp de concentration français de Saint-Cyprien, il est retourné en Espagne comme clandestin, il a fait trois ans de prison, il a eu de la chance car il aurait pu lui arriver beaucoup plus grave. Et surtout, il y a eu ma mère, ce qui l’a beaucoup aidé, car il n’était pas seul pour lutter, comme beaucoup l’ont été.

LPC : Vous évoquez avec émotion les chants les plus connus de la guerre civile…

I.A. : À la maison on les chantait tout le temps. Je crois que je les connais tous par cœur. Ils sont chargés d’une telle histoire, ils véhiculent tellement d’intensité !

LPC : En somme, vous êtes née révoltée…

I.A. : Comment voulez-vous faire autrement quand vos parents sont des militants politiques contre les dirigeants d’un pays profondément divisé et injuste. Ma mère ne supportait pas, viscéralement, l’injustice. Elle professait un anticléricalisme sans aucune concession...

LPC : Il est vrai que la plupart des exilés qui ont écrit sur cette période ont développé un dégoût profond pour la religion.

I.A. : Quand on sait comment se comportait l’Eglise catholique, et les religieuses, dans l’Espagne franquiste... c’était terrifiant.

LPC : Comment considérez-vous la façon dont on présente actuellement la Guerre d’Espagne ?

I.A. : Tout n’a pas été dit encore, loin de là. La bête est toujours là, la droite espagnole est toujours vivace, de moins en moins crédible cependant. Il n’empêche que, même si la majorité des Espagnols soutiennent la démocratie, les quelques statues de Franco qui restent sont déboulonnées la nuit, par peur des commandos d’extrême droite.  Les propositions du juge Garzőn n’ont pas pu passer, personne ne veut s’engager dans des actions de réhabilitation parce que la peste brune veille toujours.

LPC : Votre livre n’est pas tendre avec l’Espagne d’après guerre.

I.A. : Évidemment, après la guerre, Franco est apparu en Europe comme l’élément convaincant, le seul rempart contre le communisme, ce qui lui a valu le soutien et l’appui des Américains, et qui a permis à la dictature de durer 40 ans. Cela dit, j’ai beaucoup de sympathie pour les Américains d’aujourd’hui, pour le combat des Noirs pour leur liberté par exemple.

LPC : Le « rouge » du titre, c’est à la fois la révolte, le sang, la guerre, la vie… ?

I.A. : C’est tout le sens du poème « rouge » qui figure à la fin de mon livre. Le rouge, c’est le sang des morts de la guerre, mais c’est aussi le sang des règles qui fait de la petite fille une femme, ce que sa mère lui a transmis et qui la rend capable d’être mère à son tour. La transmission par le corps, de la mère à la fille, de tout un héritage féminin, est un thème qui a été peu exploité en littérature, davantage sous-tendue par des valeurs masculines.

LPC : Le rôle de la mère est essentiel dans votre livre.

I.A. : C’est la mère le pivot, celle autour de laquelle la famille se resserre et retrouve son identité. Dans une famille exilée, c’est autour d’elle que se reconstituent les protections.

LPC : Et ce désir de ne pas grandir qui apparaît dans tout le livre … pourquoi ?

I.A. : Je crois que c’est avant tout le désir de ne pas mourir, de faire que la vie continue. C’est aussi le regret d’avoir à quitter son corps d’enfant, ce corps libre, tout entier disponible, avant l’agressivité de la sexualisation et les turbulences de l’adolescence qui pervertit le rapport à soi-même.

LPC : Y aura-t-il une suite à ce livre ?

I.A. : J’y pense bien sûr. Ce sera l’histoire de mon père vue sous l’aspect romanesque, pas le énième récit de vie d’un républicain espagnol. Comment on devient un homme quand on s’est engagé à 15 ans pour ses idées, quand on n’a pas eu d’adolescence à cause de la guerre. Totalement subjectif.

On retrouvera Isabelle Alonso à l’Eté du Livre, en se souvenant que celle qui se dit « enfant de l’exil » et toujours en exil justement en raison de ce décalage permanent entre ses deux pays, la France et l’Espagne, se revendique citoyenne du monde, solidaire de tous les gestes de révolte qui  permettent de rendre à l’humain sa dignité.

A découvrir :
- L'ouvrage "Fille de rouge" d'Isabelle Alonso chez notre partenaire Amazon.

Retrouvez Isabelle Alonso :
le samedi 6 juin sous le chapiteau de l’Été du Livre Place d’Armes à Metz  puis le dimanche 7 juin, à 10h00, sous le chapiteau des débats Place de Chambre (Metz), en compagnie d’Annie Lacroix.


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