Mercredi 7 Octobre 2009 - 15:22
Heavy Trash aux NJP : une sérénade endiablée
Nancy Jazz Pulsations 2009 : la sélection de la rédaction
Parmi les trois soirées qui ouvraient officiellement, mardi 6 octobre, la 36ème édition des NJP, votre dévoué a choisi de couvrir celle qui se déroulait dans la petite salle de l’Autre Canal. Petite mais sold out. And ladies and gentleman, Heavy Trash (aka Jon Spencer & Matt Verta-Ray) était bien dans la place.
Jon Spencer et Samuel Baker en plein sabbat - ©LPC|David Siebert
Quand la lumière s’est rallumée, je suis monté sur scène chercher la setlist qui traînait au pied de la batterie. Un agent de sécurité a très vite posé sur mon épaule une main lourde m’intimant de descendre illico. Dommage qu’il n’ait pas été aussi prompt à déloger le gros malin qui en débarquant sur scène précipitait, quelques secondes plus tôt, la fin du rappel, et donc du concert. Pas très rock’n’roll non plus, c’est vrai, de la part de Jon Spencer et de ses acolytes, de laisser du coup le public en plan d’un good evening ladies and gentleman bien plus sec que les précédents. On partage leur agacement, mais après l’épique set d’une heure qu’ils venaient de livrer, on aurait apprécié une fin plus flamboyante que cet élan de susceptibilité.
Le public est prêt
Dès l’entrée en scène de Jon Spencer, en costume noir à passementeries fifties et Gibson acoustique en bandoulière, on se doutait pourtant que le moment de rock’n’roll à venir serait un pur moment de bonheur. Flanqué de son comparse Matt Verta-Ray, lui aussi Gibson en bandoulière, mais électrique et vintage, ainsi que de Samuel Baker à la batterie et de Simon Chardiet dans une veste aussi grande que sa contrebasse, Jon ne perd pas de temps et demande à gorge déjà déployée si le public est prêt. L’énergique Bob Log III ayant chauffé la salle comme personne, assurément oui. Et c’est parti pour un enchaînement cash, sans pause, de trois titres, dont l’excellent Justine Alright. Jon est très en voix et harangue les spectateurs de ladies and gentleman this is Heavy Trash dans la plus pure tradition rockabilly.
Tarantinesque
Il faudra toutefois attendre le sixième titre du set pour comprendre vraiment pourquoi Jon Spencer et Matt Verta-Ray pourraient tous deux s’appeler Quentin Tarantino, si ce dernier faisait de la musique et pas du cinéma. Bedevilment, extrait du nouvel album Midnight Soul Serenade, démarre punk rock, alterne ensuite phases rockab et saillies punk, avant de se terminer en blues "very heavy". C’est dans cette manière de mélanger trente années de l’histoire du rock des années 50 aux années 70, que Heavy Trash parvient en effet à délivrer une musique tout à la fois ultra référencée et ultra moderne. Comme le cinéma de Tarantino.
Lumière pour tous
Si Jon Spencer est sans équivoque possible le leader du groupe, voire du revival du rock bien avant que Jack White ne s’encanaille avec Meg, il adore céder la lumière à ses comparses. Au guitariste Matt Verta-Ray notamment, qui prouvera sur le chaloupé Good Man qu’il est aussi un excellent chanteur, forcément moins grandiloquent que Jon, mais pas moins pertinent. Pas simple quand Jon, qui n’a pas disparu pour autant, balance des ooh percutants et susurre des yeah humides. En plus de tricoter un duo d’enfer avec le batteur, le contrebassiste s’est également fendu d’une gutturale introduction à la reprise montée sur ressorts du Bumble Bee de LaVern Baker, légendaire chanteuse de rythm and blues des années 50.
Enfin, parmi les sommets du concert, on retiendra, pour mieux oublier l’intervention d’un perturbateur dont je détiens désormais l’adresse, une longue et prenante invocation de l’amour par Jon, In my heart, bouche tendue vers le micro, micro penché vers le public. C’est la dernière chanson du nouvel album et la dernière avant le rappel, magnifique traduction du titre de cet album, Midnight Soul Serenade : une sérénade de minuit pour l’âme. Il n’est pas tout à fait minuit et loin de moi l’idée de douter de la qualité des prestations d’Harold Lòpez Nussa et de Rabih Abou-Khalil, qui se produisaient le même soir Salle Poirel, mais la prestation de Heavy Trash en ouverture de ces 36èmes NJP était une mise en bouche bien plus appétissante. Et en définitive, diablement consistante.
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