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Jeudi 17 Mai 2012


Mercredi 23 Février 2011 - 17:00

Ingrid Bétancourt brise le silence

L'ex-otage a raconté son quotidien et présenté son livre « Même le silence a une fin » à Nancy


par Camille Gustin



Ingrid Bétancourt a présenté son livre « Même le silence a une fin », hier, mardi 22 février 2011, à la salle Poirel de Nancy. Au cours de cette rencontre, animée par Françoise Rossinot, l’auteur a relaté ses six années de captivité dans la jungle. L'ancienne candidate à la présidence de la Colombie a livré son récit à cœur ouvert avant de dédicacer son ouvrage au public présent.


Ingrid Bétancourt en compagnie de Françoise Rossinot raconte ses six années de captivité dans la jungle et présente son ouvrage « Même le silence a une fin ». - ©LPC|Marie de Nancy
Ingrid Bétancourt en compagnie de Françoise Rossinot raconte ses six années de captivité dans la jungle et présente son ouvrage « Même le silence a une fin ». - ©LPC|Marie de Nancy
Le 23 février 2002, il y a neuf ans jour pour jour, Ingrid Bétancourt était enlevée par les FARC. Libérée le 2 juillet 2008, elle avait déclaré à son retour en France : « Ce qui s’est passé dans la jungle doit rester dans la jungle ». Finalement, le besoin de partager son expérience s’est imposé. Son livre, « Même le silence a une fin », témoigne avec force de ses six années de captivité et propose une réflexion universelle sur la condition d’otage. « J’ai pu écrire ce livre grâce aux souvenirs émotionnels. J’avais besoin de partager ce drame de la séquestration. Mais beaucoup de choses sont restées dans la jungle. Des choses qu’on ne peut pas partager, car le fait d’en parler ne changerait rien », confie, émue, l'auteur. Cet ouvrage de 700 pages, qui relate un récit intime, Ingrid Bétancourt a choisi de l’écrire en français. « J’étais incapable d’écrire en espagnol. Le français était nécessaire pour me permettre d’aller au fond de mes émotions », raconte-t-elle. Dès les premières pages, le lecteur plonge dans la jungle colombienne. Le récit n’est pas construit de manière chronologique, il s’articule autour de souvenirs qui s’enchaînent. Ingrid Bétancourt explique ce choix : « J’ai commencé le livre par l’épisode de ma première tentative d’évasion. Par ce qui a été le plus dur à vivre pour moi. C’était la meilleure porte d’entrée pour que les lecteurs comprennent plus facilement la suite ».

L’amour pour survivre

L'auteur raconte avec émotion son obsession de l’évasion : « Je ne voulais pas m’adapter à la captivité. J’avais besoin de me dire que je pouvais reprendre le contrôle sur ma vie et rentrer chez moi avec ma famille ». Chaque anecdote, chaque détail sur son quotidien atteste des conditions extrêmes qu’elle a vécues. Les petites et les grandes peurs doivent être apprivoisées. Sa phobie des insectes, tout autant que l’angoisse de la mort. « Pour pouvoir supporter certaines choses, je pense qu’il faut s’endurcir. Après, soit on se dit que c’est horrible et on s’apitoie toute sa vie, soit on remercie le destin d’avoir vécu cette expérience », révèle avec sagesse l’ex-otage. Pendant toutes ces années dans la jungle, Ingrid Bétancourt se construit des mécanismes de survie. L’amour pour sa famille la tient en vie. La foi aussi. « Auparavant j’avais une relation très opportuniste avec Dieu. Mais ce qu’on appelle la foi a été pour moi une sorte d’état de méditation grâce auquel j’ai survécu quand je suis tombée très malade », explique-t-elle.

Pardonner pour avancer

Plusieurs chapitres de l’ouvrage sont consacrés au quotidien avec les FARC et les autres otages. Sans aucune animosité, Ingrid Bétancourt raconte les querelles et parfois le manque de solidarité entre les détenus. « Ce que nous avons vécu nous lient pour toujours. Nous passions vingt-quatre heures sur vingt-quatre tous ensemble. Et en captivité, les journées sont éternelles ! Nous sommes tous des frères et sœurs ». Dans de telles conditions, la nature humaine se révèle parfois impitoyable. A l’image de leur ravisseurs, que l’ex-otage décrit comme profondément cruels mais aussi prisonniers de leur propre organisation. « Ils nous manipulaient, nous donnaient des raisons de nous haïr. Mais je  leur ai pardonné. C’était nécessaire pour ne pas porter le poids de la haine », livre, sincère, Ingrid Bétancourt. Actuellement, il y a encore 3 000 otages en Colombie. Elle constate avec regret cette situation et n’oublie pas d’adresser une pensée pour ceux, toujours prisonniers, avec qui elle partagé des moments de captivité.



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