Mardi 7 Février 2012 - 14:04
« La Désintégration », un film qui aborde des sujets tabous
Quand rien ne va plus, certains se réfugient dans l’obscurantisme religieux
Le mercredi 15 février 2012 sortira le nouveau film de Philippe Faucon au Caméo Ariel de Metz, ainsi qu’à la Commanderie à Nancy. Un long métrage qui s’attache à décrypter un phénomène de société, minoritaire mais bel et bien réel et actuel, le terrorisme.
Philippe Faucon devant l'affiche de son film « La Désintégration » (Cinéma Caméo Ariel, Metz). - © LPC | Alexandre Garcia
Philippe Faucon, le réalisateur, est né le 26 janvier 1958 à Oujda au Maroc. Titulaire d'une maîtrise de Lettres obtenue à l'Université d'Aix-en Provence, il débute très tôt dans le monde du cinéma comme régisseur stagiaire, avant de devenir lui-même acteur, réalisateur, scénariste, et même producteur. Dans ce nouveau long métrage il aborde une fois encore un thème de société où, tout comme dans ses précédents films, Samia, La Trahison, ou encore Dans la vie, les immigrés seront au centre de ses préoccupations. Philippe Faucon y abordera cette fois le thème du terrorisme, un sujet un peu « casse-gueule » selon ses propres termes, où il peut être facile de dériver vers une vision simpliste et erronée. Mais pas question de traiter le problème en surface. Dans La Désintégration, le spectateur sera immergé dans le quotidien de trois jeunes banlieusards, dont Ali, interprété par Rashid Debbouze (le petit frère de Jamel), Nasser interprété par Mohamed Nachit, et Hamza, joué par Ymanol Perset. Au début de l’histoire tout semble aller pour le mieux. Ali connaît le bonheur familial, et prépare un bac professionnel qui semble lui plaire. En quête de reconnaissance sociale, il s’imagine déjà chef de service en costard-cravate.
Le rêve s’écroule
En réalité Ali va de désillusion en désillusion et se heurte systématiquement aux portes closes des entreprises qui refusent de le prendre en stage. Pourquoi ? A cause de son nom, qui sonne peut-être « un peu trop arabe ». Voyant ses rêves ainsi brisés sans plus d’explications, Ali se révolte contre ses profs, et aussi contre sa famille, avec laquelle les relations deviennent de plus en plus tendues. Il trouve refuge et soutien auprès de Djamel, un musulman convaincu et charismatique joué par Yassine Azouz. Tout comme ses deux amis, il va progressivement se faire endoctriner et laver le cerveau par cet habile manipulateur qui exploite leurs frustrations, leurs colères, et la crise identitaire qu’ils traversent. Car Djamel applique l’islam sous sa forme la plus radicale, la plus violente aussi. Il tente ainsi de révolter ces trois esprits fragiles contre la société, pour en faire des soldats de Dieu, des moudjahidines prêts à mourir pour leur foi. Cependant à aucun moment le film ne stigmatise la religion ni n’impose une quelconque vision manichéenne. Car en parallèle au discours du manipulateur, il y a l’Imam qui rappelle les valeurs fondamentales de l’islam, loin de l’extrémisme religieux ou de la violence prônée par Djamel. La mère d’Ali, croyante également, commence à juger son fils trop radical dans ses propos.
L’étau se resserre autour des trois adolescents
Il est désormais trop tard pour ce dernier, l’emprise de son « gourou » est devenue trop forte pour qu'il puisse faire demi-tour. Le film tient ainsi le spectateur en haleine, et l’on peut sentir grandir l’angoisse et le mal-être des trois jeunes enrôlés au fur et à mesure que l’heure de l’échéance, autrement dit de l’attentat, approche. On les accompagne dans ce qui pourrait bien être leurs derniers instants. Le film livrera d’ailleurs une fin plutôt surprenante, quoique un peu précipitée. Pour Philippe Faucon, bien conscient que ce cas de figure ne concerne fort heureusement qu'une minorité de jeunes, le terrorisme « n’a jamais été aussi présent dans le monde qu’aujourd’hui, de façon aussi bien réelle que fantasmée ». Beaucoup de films ayant déjà traité ce thème soit par le raccourci, soit en versant dans le sensationnel, il était temps pour lui « d’en aborder les causes profondes ». Grâce à ce nouveau long métrage on comprend mieux, en ne se limitant pas à les juger de façon caricaturale, les raisons qui peuvent pousser certains jeunes à de tels actes de folie.
Un phénomèneà ne pas négliger
Ce nouveau film révèle avec brio la lente descente vers l’extrémisme religieux des trois adolescents, plus saisissante encore au travers du personnage d’Ali qui, vivant et souriant au début, se replie petit à petit sur lui-même et bascule vers l’obscurantisme haineux. Paradoxalement, « ceux qui tombent là-dedans sont souvent des gens qui ont fait des études, qui ont cru à quelque chose et qui n’ont pas réussi, car la déception à l’arrivée n’en devient que plus forte », explique Philippe Faucon. Cette histoire est d’ailleurs inspirée de celle de Zacharias Moussaoui, l’un des pirates de l’air impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001. Tout comme Ali, cet individu autrefois plein de vie apparaît en opposition totale avec les photographies diffusées après les attentats, où le monde découvrit un jeune homme au regard étonnamment vide qui tenait des propos mécaniques ouvertement judéophobes. Dans La Désintégration, qui s’attache à présenter 'un vrai phénomène de société, Rashid Debbouze signe là une superbe performance pour son premier rôle, où il a parfaitement su interpréter son personnage d'une façon très personnelle sans rester dans l’ombre de son frère.
Contact et renseignements : Caméo Ariel 24 Rue du Palais, 57000 Metz Tél. : 03 87 18 99 95 – Fax. : 03 87 74 43 64 Le site Internet : www.cine-cameo.com - courriel Date de sortie : Mercredi 15 février 2012. Tarifs : Entrée 7€20. Tarif unique aux séances de 14h : 5€10. Tarif réduit 5€80. Etudiants 6€10
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