Lundi 5 Octobre 2009 - 07:35
La Nuit Blanche messine attire 70 000 curieux dans son orbite planétaire et artistique
Un succès artistique un peu gâché au petit matin
Au cours de la nuit du 2 octobre ils étaient 70 000 à poser le pied dans les rues de Metz pour la seconde édition de la Nuit Blanche. Au travers d'un pèlerinage planétaire, allant de Mercure à Neptune, 80 évènements, œuvres, créations, concerts ont animé la ville entièrement dédiée pour l'espace d'une nuit à l'art contemporain. La fête fut toutefois gâchée au petit matin par des perturbateurs et les organisateurs ont dû arrêter la manifestation vers 5h30.
La foule toujours plus nombreuse se dirige vers l’hôtel de ville pour voir les différentes performances. - ©LPC|Audrey Fourrier
Vendredi 2 octobre à Metz, quelques heures avant le coucher du soleil, les voix de Dominique Gros, maire de Metz, Jean-Luc Bredel directeur de la Drac Lorraine, Jean-Luc Bohl président de la CA2M, ont résonné dans la petite cour intérieure de l'hôtel de ville pour annoncer et débuter officiellement l'ouverture de la seconde édition de la Nuit Blanche Metz. Les discours prononcés parlaient d'enthousiasme, d'inédit, d'innovation, de création, de découverte, d'émotion et de partage. L'émulation qu'avait su créer l'événement l'année passée devrait être encore plus importante pour cette nouvelle édition : un budget de 566 000 euros, la présence de nombreux partenariats privés, une communication étendue et développée, un bouche à oreille actif et une volonté d'initiative impressionnante. Le lancement de la manifestation s'est fait dans une humeur conviviale, confiante et positive.
Durant 15 heures, Metz a habillé ses rues d'art contemporain, d'œuvres, d'installations, de musiques différentes et concrètes, a ouvert les portes de lieux insolites et peu connus du grand public comme la crypte des Trinitaires, le cloître et la chapelle de la maternité Sainte-Croix ou encore les salles de classe et le gymnase du lycée Louis Vincent. Metz a su jouer de couleurs, de sons, de passage, de rencontres, de découvertes et d'étonnement. Les rues de la ville fourmillaient de badauds, les lieux s'emplissaient de regards intrigués, d'esprits interrogateurs et de sourires conquis. Au meilleur de la soirée, la manifestation comptera quelques 70 000 personnes déambulant sur le parcours de 2.2 km, parmi les 80 événements et créations disposés alentour. La Nuit Blanche 2009 a su répondre effectivement aux attentes de William Schuman, son instigateur, qui nous avait prédit un événement sans précédent.
Le dépassement des frontières de la ville est réussi : Parisiens, Nancéens, Strasbourgeois ont rejoint la Nuit Blanche messine attirés par une programmation fascinante, complète et diversifiée. Le concert du groupe américain Sparklehorse à la renommée internationale, la venue du groupe Nouvelle Vague, l'installation des frères Berger dans l'église Sainte Thérèse, le bungalow royal de Briac Leprêtre dans le cloître des Trinitaires, les différentes installations de François Génot dans toute la rue Serpenoise et l'opéra Nabaz'mob pour cent lapins communicants présenté à l'Arsenal ont réussi à susciter la curiosité et à faire venir un grand nombre de spectateurs extérieurs à la ville. La programmation riche et éclectique, ainsi que la gratuité de la manifestation auront permis à un public néophyte ou peu habitué à l'art contemporain de venir sans complexes pour admirer et pour interagir avec des œuvres proposées à tous, dans des espaces ouverts de la ville, sans aucune des habituelles portes imaginaires à franchir. Cette liberté et cette ouverture d'esprit se sont largement fait ressentir au cours de la soirée, autour des différentes œuvres, le dialogue s'est créé, le partage a fonctionné, la magie a opéré.
Une nuit blanche qui ne verra jamais le levé du jour
A 5h00 du matin, le son énergique et électro du groupe messin ASP anime la pelouse de l'Arsenal foulée par les derniers insomniaques et noctambules qui se promènent et rebondissent sur les derniers beats de la soirée. Au milieu des quelques groupes dispersés à travers la salle, des cris commencent à monter, de la colère et puis des corps poussés par la fatigue et l'alcool s'agressent et se frappent. La sécurité sur place intervient aussitôt, mais les esprits sont tenaces et motivés. La police arrive sur les lieux rapidement et met fin à la soirée en évacuant complètement le hall et le bar de l'Arsenal. Une heure plus tard devait avoir lieu le petit déjeuner à l'hôtel de ville accompagné d'un concert de clavecin, mais les portes de la mairie restent closes, des policiers gardent l'entrée. Quelques notes parviennent finalement du bâtiment vers 8h du matin, le lever du jour amène une dernière représentation bien loin des salles combles de la veille.
Une seconde édition de la Nuit Blanche qui aura permis la rencontre et l'interaction de toutes les générations, l'approche de différentes formes d'art, le rassemblement de différents horizons au sein d'un même instant, communautaire, artistique, populaire et engageant. Mais l'art contemporain se prête-t-il si aisément à la démesure et à une telle ampleur événementielle ? Comment réussir à faire coïncider démocratisation, ouverture, médiation culturelle avec un projet si spectaculaire et ambitieux? Malgré son succès évident, la seconde édition de la Nuit Blanche messine laisse ces quelques questions en suspens et ouvre la réflexion pour les années à venir. Affaire à suivre...
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