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Jeudi 17 Mai 2012


Mercredi 3 Mars 2010 - 15:20

La politique culturelle lorraine vue par la tête de liste du Modem, Claude Bellei

Entretien à quelques jours du premier tour des élections régionales


par Propos recueillis par Marie Luff



Claude Bellei conseille aux Lorrains de fréquenter le Théâtre du Peuple de Bussang et se bat pour la multiplication des projets transfrontaliers. Il veut rendre la culture plus accessible à tous. Lui, il se passionne pour la peinture - l'art contemporain et les grands maîtres - et affectionne le cinéma italien. Il s'enthousiasme d'ailleurs en parlant du festival de Villerupt sans oublier de préciser que le nouveau cinéma anglais l'intéresse tout autant.


Claude Bellei, tête de liste pour le Modem en Lorraine. - ©LPC|
Claude Bellei, tête de liste pour le Modem en Lorraine. - ©LPC|
La Plume Culturelle : Quel bilan tirez-vous de la politique culturelle menée par l’équipe de Jean-Pierre Masseret aux commandes de la Région ?

Claude Bellei : Un bilan mitigé ; seulement 2,5 % du budget régional consacré à la culture, c’est peu ! En revanche, je salue l’entrée de la Région, à hauteur de 4 millions d’euros par an, dans le fonctionnement du Centre Pompidou-Metz.

LPC : Concrètement, cela veut-il dire que vous souhaitez augmenter le budget culture du Conseil Régional ?

CB : Le budget culturel est d'environ 25 millions à ce jour. Je souhaite augmenter ce budget de 50%, autrement dit, ajouter une dizaine de millions d’euros me semblerait pertinent. Cela nécessitera une nouvelle gestion du budget global du Conseil Régional qui s’élève aujourd’hui à un milliard d’euros environ. L’argent est là mais il faut s’en servir autrement ! Les 100 000 euros consacrés par Masseret à des coups de pouce pourraient par exemple être utilisés autrement.

LPC : Quel est le programme culturel que vous proposez pour contrer la majorité sortante ?

CB : Il ne s’agit pas seulement de contrer la majorité sortante, mais encore d’avancer un certain nombre de propositions. Par exemple, nous souhaitons augmenter le Multipass Culture, réservé aux lycéens, de 10 à 15 euros et l’étendre aux apprentis et jeunes demandeurs d’emploi.

LPC : La différence n’est que de 5 euros, pensez-vous qu’elle va vraiment changer la donne ?

CB : Attendez, le Multipass à 15 euros, c’est une augmentation de 50 %. Qui plus est, en l’étendant aux apprentis et jeunes demandeurs d’emploi, une part importante de la jeunesse sera concernée. Ce n’est pas une évolution marginale !

LPC : S’il fallait résumer votre programme culturel en une énumération de propositions ?

CB : Il existe des structures qui fonctionnent convenablement et dans l’ensemble, je suis assez satisfait de la gestion des pôles culturels. 1,3 millions d’euros, par exemple, pour l’Opéra National de Nancy, je trouve cela assez convenable. Les Alérions de la culture, je trouve cela très bien, idem pour les aides au cinéma, et aux productions audiovisuelles. Bien sûr, il faudrait injecter davantage d’argent, mais on en revient à ce que je disais auparavant, une nouvelle gestion du budget s'impose.

 LPC : Vous parlez de développer l’accès à la culture pour tous, pensez-vous que les neuf pôles sont trop élitistes ?

CB : Oui, parfois trop élitistes même si dans l’ensemble, je suis plutôt satisfait. Cependant il y a encore des efforts à faire. Prenons un exemple concret, avec les opéras de Metz et Nancy : il faudrait renforcer les synergies, en harmonisant les tarifications et la programmation. Je sais que des efforts sont en train d'être réalisés, mais il faut aller plus loin pour faire des économies d’échelle dans le fonctionnement de ces structures. Je souhaite que la Région soit un échelon fédérateur, initiateur et facilitateur, aussi bien qu'au niveau de la politique globale que je souhaite pour la Lorraine.

LPC : Vous parlez dans votre programme de développer les pratiques artistiques dès le plus jeune âge. Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là ?

CB : Il existe déjà beaucoup d’initiatives, qui doivent être encouragées et développées. Il faut rendre l’Art plus accessible, par un enseignement plus adapté, et ce dès le primaire. Quand j’ai commencé ma carrière, j’étais maître auxiliaire et j’enseignais la musique ; pas seulement le solfège, j’apprenais aussi l’histoire de la musique aux élèves. L’enseignement artistique dès le primaire est pour moi essentiel. Il faut enseigner la technique mais aussi l’histoire de la discipline artistique.

LPC : Concrètement, cela exigera-t-il des aides financières ?

CB : Non, car l’enseignement artistique dépend du programme de l’Éducation Nationale. En revanche, la Région peut peser sur l’État et l’inciter à repenser ses programmes scolaires en laissant une plus large place à l’enseignement artistique. Ensuite, les personnes qui animeraient les cours seraient celles qu' emploie l’Éducation Nationale pour renforcer la surveillance. Dans notre projet global, nous souhaitons augmenter les effectifs de surveillants et faire ainsi travailler des jeunes, étudiants ou demandeurs d’emploi car nous croyons dans l’humain et non pas dans les caméras de surveillance. Là encore, voilà une économie maîtrisée. Selon nos calculs, il y en aurait pour 11 à 12 millions d’euros par année scolaire si on augmentait les surveillants, et leur utilité serait double, on serait dans une logique d’efficacité.

LPC : Université populaire, pouvez-vous nous en dire plus ? Un vecteur de culture ?

CB :
Comme pour l’école, je crois à une université républicaine plus que populaire.

LPC : Votre réponse est surprenante. Le projet national du Modem parle d’Université populaire et le libellé est repris sur votre site. Qu’en est-il véritablement ?

CB : Nous déclinons le projet national du parti, simplement je ne suis pas convaincu par la terminologie employée. « Université populaire » sont des termes qui ne me conviennent pas mais évidemment nous partageons, sur la forme, la même idée ; à savoir ouvrir les lycées en dehors des heures de cours pour y proposer des activités de formations, des conférences sur la culture.

LPC : A priori, vous êtes très impliqué dans la reconnaissance de la culture locale et de son patrimoine. Comment comptez-vous renforcer la loi de 2004 sur la reconnaissance du patrimoine local ?

CB : Le patrimoine local est un atout pour la Lorraine, il doit être protégé, mis en valeur et rendu accessible au plus grand nombre, c’est la raison pour laquelle nous proposons d’instaurer le Pass familial touristique et culturel.

LPC : Quelles seront les modalités de ce Pass ?

CB : En Lorraine, nous possédons un patrimoine riche : un patrimoine dit de guerre comme Verdun ou la Ligne Maginot, des villes d’eaux comme Amnéville, des trésors architecturaux entre la cathédrale de Metz et la Place Stanislas à Nancy. L’idée fondatrice de ce projet, c’est que la Région se positionne comme échelon fédérateur entre les différentes collectivités qui s’occupent de la gestion des structures, sur le plan local. Je souhaite instaurer un ticket unique et faciliter ainsi l'accès aux grands sites grâce à des billets d’entrée, de déplacement et de transport qui permettraient par exemple à un touriste de profiter de l’ensemble des structures du patrimoine de guerre ou de thermalisme. L’idée c’est d’harmoniser les tarifs, de proposer des forfaits.

LPC : Enfin,  toujours au sujet du patrimoine local, vous nous parliez d’une meilleure communication par la Région des journées Lorraine. Qu’entendez-vous par là ?

CB : Il s’agirait en fait d’une seule journée Lorraine qui dans mon esprit serait tournante. Notre région est assez riche pour que l’événement circule d’année en année. Une fois à  Metz, une fois à Sarreguemines, une fois à Verdun, une fois à Thionville. Ce serait à chaque fois une grande fête sur un thème précis, destinée à vendre notre belle région.

LPC : Quelles initiatives culturelles transfrontalières comptez-vous développer ?

CB : La culture ne connaît pas de frontières. Dans ce domaine aussi, la Région peut se positionner en initiateur avec toutes les collectivités territoriales françaises et leurs voisines étrangères. Nous souhaitons qu’un Vice Président de la Région soit exclusivement en charge de ce dossier. Bien sûr, les questions culturelles ne seront pas seules concernées ; cet élu sera responsable des sujets relatifs à la Grande Région.


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