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05 Février 2008

La variole en Moselle au XIXe siècle


Endémique au XVIIIe siècle, la variole demeure en France, au cours du siècle suivant, l'une des maladies les plus redoutées, même si les intenses campagnes de vaccinations la font reculer. Une statistique portant sur les années 1811 à 1839 à Metz fait état de 1200 cas, dont 265 mortels, ce qui semble dérisoire par rapport à l'ensemble des décès et aux quelque 30 000 vaccinations opérées par les médecins de la ville, mais assez pour inciter l'administration municipale à rester vigilante surtout en période d'offensive de la maladie.


L'épidémie de 1819 à Metz.
C'est notamment le cas lors de la poussée variolique la plus grave, qui survient en 1819 : 454 personnes sont atteintes (70% sont des enfants de moins de 10 ans), dont 75 succombent. L'épidémie éclate au mois de mars, emportant une jeune femme enceinte de 6 mois; aussitôt, le chirurgien-accoucheur Morlanne signale au maire Joseph de Turmel : "La petite vérole commence à se développer dans cette ville". Dès le lendemain, celui-ci fait afficher sur les murs de la ville un avis recommandant aux familles de faire vacciner leurs enfants: "Que les pères et mères ouvrent enfin les yeux, qu'ils considèrent autour d'eux les enfants dont les parents ont eu recours au remède salutaire de la Vaccine (qui) est actuellement reconnue dans toute l'Europe pour un préservatif assuré contre la petite vérole". Recommandation qui, semble-t-il, n'est pas suivie, du moins dans l'immédiat, de l'effet escompté, puisque le corps médical et l'autorité municipale ne cessent de constater amèrement le peu d'empressement des parents à faire vacciner leurs enfants: on parle d'obstination, de sot entêtement, de manque de confiance dans les bienfaits de la vaccine (et) de crainte bizarre voire d'un scrupule d'aller contre les volontés de Dieu.

Pour endiguer la maladie, municipalité et médecine unissent leurs efforts. Les médecins de la ville, secondés par les religieuses de la Charité Maternelle, n'hésitent pas à se rendre de maison en maison pour convaincre les parents de l'urgence de la vaccination mais aussi pour les mettre en garde contre des pratiques non hygiéniques et d'un autre temps: chambres malsaines et trop chauffées, manque d'aération, malades trop couverts, absorption d'un mauvais mélange de vin et de cannelle. La municipalité prend des mesures préventives voire coercitives, notamment des mesures de quarantaine : renvoi des écoles des enfants non vaccinés et fermeture de celles ne s'y conformant pas, pose d'affiches sur les maisons contaminées, interdiction aux personnes atteintes de circuler en ville, inhumation des victimes directement dans les cimetières sans passer par l'église ou le temple. Le 1er juin, le maire décide de supprimer les secours aux parents dont les enfants n'auront pas été vaccinés, mais maintient la gratuité des vaccinations publiques à l'hospice de la maternité et à l'hospice de la Visitation de la rue Mazelle. Finalement, à la fin de l'année 1819, 1628 personnes auront été vaccinées à Metz, en majorité des enfants.

Quoi qu'il en soit, la variole de 1819 reste la plus grave du siècle à Metz, même si l'on ne peut parler véritablement d'épidémie meurtrière: moins d'un décès sur dix de l'année est dû à la maladie. Tous les quartiers de la ville sont touchés, mais certains plus que d'autres, comme le Pontiffroy ou le long de la Seille, et les victimes sont en majorité des enfants de moins de 10 ans. L'insalubrité y est sans doute en partie responsable de la propagation plus importante de la variole : rues humides, étroites et tortueuses, maisons très anciennes. Une insalubrité que les ravages du choléra rendront encore plus criante et urgente à résoudre.

L'épidémie de 1819 reste localisée à Metz et à quelques communes environnantes. Les tableaux de vaccinations par communes des arrondissements de Metz et de Sarreguemines ne totalisent en effet que très peu de cas, sauf dans quelques localités voisines de la ville comme Saint-Julien, Ars-sur-Moselle (40 malades et 7 décès), Norroy-le-Veneur, Rozérieulles et Lorry-lès-Metz. Au cours des années suivantes, si aucune épidémie importante n'a lieu, quelques alertes rappellent aux populations que le mal n'est nullement éradiqué: plusieurs cas sont signalés à Plappeville en juillet 1824, à Semécourt en décembre 1840 et à Woippy en 1843.

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Pierre Brasme


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