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Jeudi 17 Mai 2012


Mardi 5 Février 2008 - 12:00

La variole en Moselle au XIXe siècle


par Pierre Brasme




La variole au début du XXe siècle. Occultée par les épidémies de choléra qui entre 1832 et 1866 font en Moselle quelque 6000 victimes, par la progression de maladies comme la tuberculose et l'importance encore relative de la dysenterie, la variole n'en demeure pas moins au tournant du XXe siècle une maladie toujours latente, même si elle a perdu son caractère de gravité d'autrefois. C'est ainsi que, durant les années précédant la guerre, elle donne encore des inquiétudes aux populations mosellanes, et plus particulièrement à Metz en 1906-1907. Le 22 novembre 1906, la Gazette de Lorraine écrit : "L'épidémie de variole qui a été constatée depuis quelque temps dans la rue du Paradis semble vouloir prendre des proportions inquiétantes". "L'épidémie fait tâche d'huile", écrit le même journal le 23 novembre ; le lendemain: "(elle) se rapproche du centre ville par la rue Taison" ; dans une conférence donnée à Berlin, un médecin allemand ne va-t-il pas jusqu'à la comparer à celle qui en 1870 avait fait dans Metz assiégée des centaines de victimes? Face à la menace, le seul remède reste la vaccination, au rythme de 4 à 500 par jour à partir du 1er décembre. Inquiétude en tout cas peu fondée, puisque, sur les 1236 décès enregistrés à Metz en 1906, 6 seulement sont dus à la variole, contre 231 à la dysenterie et 185 à la tuberculose.

Au début de 1907, cependant, les esprits semblent encore craindre l'épidémie, notamment à Devant-les-Ponts qui connaît quelques cas de variole. Le 21 février, Le Messin écrit : "Cette dangereuse épidémie, qui a fait son apparition dans cette localité depuis une quinzaine, prend des proportions inquiétantes... La maison dans laquelle les premiers cas de variole ont été constatés, à La Ronde, se trouve vraiment dans un état qui est loin de répondre aux conditions les plus élémentaires de l'hygiène... Ce quartier est laissé dans l'abandon le plus complet par la municipalité, qui n'a jamais jugé à propos de faire couvrir les fossés dans lesquels se déversent des eaux putrides. Sans parler de l'odeur nauséabonde qui se dégage de ces cloaques, leur présence n'est pas sans corrompre l'eau des puits". Confirmant l'aspect insalubre du quartier, la Gazette de Lorraine ajoute : "Il existe à Devant-les-Ponts, à part la caserne du régiment du 9e Dragons, un autre établissement qui porte le même nom. Nous voulons parler de la maison... connue sous le nom de "caserne Herz". Il y a là-dedans 22 ménages d'ouvriers entassés l'un sur l'autre... En face et sous les fenêtres de cette fourmilière humaine, le propriétaire a construit un hangar où il a installé un dépôt pestilentiel de vieilles frapouilles de toutes sortes, tuniques russes, casaques japonaises, des pantalons déchirés de troupiers coloniaux à côté de crasseuses capotes chinoises... Ne serait-ce pas là un dangereux foyer d'infection ?".

En ce début d'année 1907, les Messins restent inquiets. Des affiches sont placardées pour rassurer la population et mettre fin à des "bruits exagérés". La variole est pourtant bien menaçante : entre le 1er janvier et le 15 avril, 85 cas ont été enregistrés dans la ville, dont 24 décès (sur un total de 427). Suffisamment menaçante pour que les vaccinations deviennent obligatoires et se multiplient, en particulier chez les personnes arrivant à Metz : c'est ainsi que début avril les étrangers débarquant de la gare sont vaccinés. Parmi ces étrangers, les immigrants italiens sont l'objet d'une certaine méfiance : c'est ainsi que l'on peut lire, dans Le Lorrain du 20 avril, que "la maladie a été importée du dehors, notamment par les nombreux Italiens... La fermeture de la frontière serait tout indiquée... Tous ces Italiens y arrivent parce qu'ils ont (à Metz) le secrétariat ouvrier... C'est un spectacle hideux que de voir cette foule grouillante à la gare".

À la mi-juin, il semble que la menace de la variole soit écartée. Metz retrouve une certaine quiétude, après quelques mois d'angoisse face à une maladie qui, bien que jamais totalement éradiquée, ne la menaçait plus vraiment; mais une angoisse suffisante pour rappeler une double nécessité: celle de la vaccination et celle de la lutte contre l'insalubrité de certains quartiers.

Pour contacter la Société d'Histoire de Woippy : SHW Hôtel de Ville 57140 WOIPPY Tél. 03 87 31 39 94 Découvrez le site Internet. Pour leur écrire un courriel.

Pierre Brasme, l'auteur de l'article, est Docteur en Histoire et le président fondateur de la SHW.

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