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Mercredi 05 Décembre 2007 - 00:00

Le Prix Renaudot 2007

Entre polémique et décoration littéraire


Cette année, tout comme l'année passée, le prix Renaudot a su faire parler de lui. Malheureusement, on oublie parfois la notion de décoration littéraire pour ne retenir que la polémique. Daniel Pennac et son Chagrin d'École, primé sans avoir figuré dans la liste ultime, comment donc ? Manipulation, coup médiatique ou récompense méritée, la question reste posée.


Le 5 novembre 2007, un nouveau mini-scandale éclate au sein de la littérature française, et rapidement une nouvelle polémique s’engage. En effet, contre toute attente, le favori, Christopher Donner (Un roi sans lendemain, aux éditions Grasset) n'est pas primé alors que beaucoup pensaient que le prix lui reviendrait. En ce qui concerne le lauréat, il s'agit de Daniel Pennac (Chagrin d'école, aux éditions Gallimard). Toute cette histoire aurait pu finir très bien si le romancier en question avait réellement figuré sur les listes du jury, mais il n'en est rien. Les cinq auteurs en lice étant : Christophe Ono-dit-Bio (Birmane, aux éditions Plon), Gilles Leroy (Alabama Song, aux éditions Mercure de France) par ailleurs lauréat du prix Goncourt, Vénus Khoury-Ghata (Sept pierres pour la femme adultère, aux éditions Mercure de France), Stéphanie Janicot (Le privilège des rêveurs, aux éditions Albin Michel) et Christophe Donner. Tout le monde le savait pourtant, Daniel Pennac ne se trouvait en aucun cas sur la liste. D'autant plus que, en principe, Chagrin d'école reste un essai littéraire autobiographique. Un écrivain peut-il être primé pour un essai alors qu'on devait récompenser un roman ? La réponse paraît être oui…

L'attribution du prix Renaudot à Daniel Pennac ne fut pas sans controverse, et a suscité une grande colère de la part de Christophe Donner. En effet, jusqu'à la fin lui et Pennac étaient au coude à coude avec 5 voix chacun, mais le vote du Président du jury, Patrick Besson, comptant double, Daniel Pennac l'a emporté. Aujourd'hui, l'auteur de Un roi sans lendemain s'insurge et crie à la corruption, car selon lui – et beaucoup d'autres – le coupable, Franz-Olivier Giesbert (directeur du Point et animateur de l'émission ‘Chez FOG' sur France 5) aurait manipulé les membres du jury dans le but de primer les éditions Gallimard. Il a d'ailleurs déclaré : « J'ai été stupéfait d'apprendre les conditions dans lesquelles M. Giesbert a manipulé cette année les délibérations du prix Renaudot ». Que dit le principal mis en cause ? Il a estimé que Christopher Donner ne faisait que chercher un bouc émissaire afin de justifier sa déception : « Sérieusement, est-ce que vous pensez que je peux manipuler des écrivains comme Jean-Marie Le Clézio ou Patrick Besson ? Laissez-moi rire. C'est un jury de grands garçons. Chacun défend ses convictions, chacun défend ses livres. Que Daniel Pennac n'ait pas été dans la dernière sélection, ce n'est pas la première fois que cela arrive au Jury Renaudot, dont je fais partie depuis longtemps. Les jeux ne sont jamais faits et je crois que c'est ce qui s'est passé. Le Renaudot n'appartient pas à Grasset. »

Il semble que la vraie question soit ailleurs. Un prix peut-il ou non appartenir à une maison d'édition ? Vraisemblablement Franz-Olivier Giesbert semble de cet avis en déclarant que le prix Renaudot n'appartient pas à Grasset. Cette simple remarque permet de découvrir les combats d’arrière-boutique des prix. Si normalement ils doivent récompenser de jeunes auteurs, ou des auteurs plus matures, est-ce vraiment eux que l’on récompense ? Pour ma part, j'ai plus l'impression qu'à travers un livre, le jury cherche à récompenser la maison d'édition. N'est-ce pas étonnant que le prix Renaudot, comme le prix Goncourt, aient été accordés à la même maison d'édition, Gallimard ? De plus, peut-être n'est-ce qu'un détail insignifiant, mais les éditions Mercure de France dépendent de Gallimard. Ainsi, la grande maison aurait donc deux auteurs en lice et un lauréat au prix Renaudot. Etrange coïncidence, n'est-il pas ? A mes yeux, bien que Daniel Pennac mérite sûrement une récompense pour Chagrin d'école - ouvrage que les lecteurs semblent apprécier au vu du nombre de ventes -, il y a bel et bien une histoire de lutte entre les diverses maisons d'éditions. Il paraît donc normal qu'un écrivain de Gallimard propose un écrivain de la même enseigne, il s'agit d’une sorte de copinage. Et n'est-ce pas un auteur de Gallimard qui a proposé Daniel Pennac ?

Quelle valeur accorder au prix Renaudot ? Doit-on penser qu'il récompense uniquement un ouvrage, ou qu'il y a de la corruption dans l'air ? Souvent sujet de polémique, il avait d'ailleurs fait parler de lui, en 2006, en récompensant un ouvrage posthume, celui d'Irène Némirovsky pour La suite française. Un coup d'éclat dans le monde de la littérature où ce prix est censé être attribué uniquement à un auteur vivant. Dois-je préciser que l'un des éditeurs de La suite française était, avant la décoration, Gallimard (publication : 16 Mars 2006) ? Et quelle valeur accorder aux prix littéraires en général ? La polémique rebondit chaque année !!!


Charline Tramier



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