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05 Décembre 2007

Le prix Nobel de littérature, la récompense suprême

Une grande figure du féminisme, Doris Lessing, primée.


Cette année, le prix Nobel de littérature a honoré un auteur mondialement connu. Pour la 106ème attribution, le jury semble avoir décidé que Doris Lessing se détachait des auteurs en lice. Femme de fort caractère, féministe dès son plus jeune âge, et auteur du succès Le carnet d’or, la romancière réunissait tous les atouts pour obtenir le prestigieux prix en 2007.


Une petite partie des romans publiés par Doris Lessing - © LPC|JML
Une petite partie des romans publiés par Doris Lessing - © LPC|JML
Le 11 octobre dernier, Doris Lessing devenait la onzième femme au monde à recevoir le prix Nobel de littérature. Cette grande dame, libre, au caractère bien trempé, et dont l’œuvre majeure reste Le carnet d’or ne semblait pourtant pas figurer parmi la liste des favoris. Sur quoi le jury suédois s’est-il donc fondé pour faire son choix ? En étudiant son best-seller international, le comité du Prix Nobel l’a considéré comme une œuvre pionnière par le mouvement féministe et (qui) appartient à la poignée de livres qui ont marqué la manière de voir les relations homme-femme au XXème siècle. En effet, ce roman retrace, à travers les pages de son journal, la vie d'une femme écrivain à succès.

On ne peut nier que Doris Lessing défende à sa manière la cause des femmes, bien qu’elle-même soit d'avis de se distinguer des féministes « traditionnels » : Le mouvement féministe des années 60 a gaspillé son énergie et son temps à causer et à former des groupes. J'appelle ça de la gesticulation. L'idéologie et la politique lui ont fait perdre de vue ses objectifs. Je n'aime pas les années soixante. Je n'aime pas davantage certains comportements. Les rodomontades stupides et vulgaires ou le dénigrement systématique des hommes. Dans une conférence qu’elle donna à Edinburgh, elle n'hésita pas à traîner dans la boue les féministes, en stigmatisant ces femmes stupides, ignorantes et méchantes qui s'attaquent aux hommes les plus intelligents et les plus gentils qui soient.

Alors, avec pareils propos, peut-on la considérer véritablement comme une figure de proue du féministe? Il semblerait que oui. Elle a même estimé que la pilule et les appareils ménagers avaient beaucoup contribué à la cause féministe, plus que les beaux discours ! On peut découvrir, à travers Le carnet d'or, la femme libérée telle que son héroïne l’incarne. Cette jeune femme révoltée, qui vit dans un pays dominé par une minorité blanche et masculine, ne parvient pas à mener de front ses différentes vies de femme mariée, de maîtresse, d'auteur, et de militante politique. Alors elle sombre dans la dépression, pour s'en sortir, au final, plus brave et libérée que jamais.

On établit souvent un parallèle entre les personnages de ses romans, essentiellement des femmes, et la biographie de la lauréate. Doris Lessing a toujours su concilier les multiples aspects de sa vie de féministe. Elle n’a jamais craint les conflits qu’auraient pu entraîner ses propos, et semble ne pas connaître la peur. Ecrivain engagé, elle a même été interdite de séjour en Afrique du Sud, et en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) pour ses idées anticolonialistes et anti-apartheid. Dénonçant les injustices, dans ses ouvrages elle s’inspire essentiellement de sa vie en Afrique, de son enfance et de son engagement politique, toujours en quête de nouvelles libertés.

L'Académie royale de Suède a légitimé son choix en présentant la lauréate, Doris Lessing, comme la conteuse épique de l'expérience féminine qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée. Il est évident que la vie de Doris Lessing représente à elle seule une épopée, une aventure digne des meilleurs romans féministes. La personnalité de cette grande dame, provocante, décapante, engagée, se manifeste dans sa nouvelle Les grand-mères ; Doris Lessing y traite les thèmes éternels de l’amour et des relations familiales à travers l’histoire de deux grands-mères qui tombent chacune amoureuse du fils de l’autre. Dans un style simple, avec des propos crus, la romancière force la réflexion en dressant le portrait provocant et cruel d’une société sans concessions.

Elle a toujours fait ce qu’elle voulait, que cela plaise ou non. Elle a même réussi à réaliser une « quinte flush », en raflant la plupart des prix littéraires existants, avant de recevoir le plus prestigieux, le Nobel, dont elle a dit, amusée, qu’il s’ajouterait simplement à la liste de ses récompenses !

Charline Tramier



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