Vendredi 5 Septembre 2008 - 12:00
Musique puis littérature… mais où Mell Turbo va-t-elle s’arrêter ?
La jeune chanteuse-compositrice lorraine publie son premier recueil de textes
Après trois albums, dont le dernier "C’est quand qu’on rigole" date de septembre 2007, Mell a décidé de s’ouvrir à d’autres horizons artistiques : la littérature. La jeune chanteuse de 25 ans nous revient avec un recueil de textes où se mêlent autodérision, humour potache et jeux de mots divers. Publié aux éditions Vivrelivre, " Qultures " réunit 69+1 textes de sa composition. En exclusivité pour la Plume Culturelle, elle se confie à notre journaliste avec vivacité et sincérité.
Mell: « J'aime quand les mots ouvrent des portes à chaque fois différentes pour les lecteurs » - ©LPC|Lily|Montage de la rédaction
La Plume Culturelle : Votre nom de scène Mell Turbo est quelque peu original. A-t’il un rapport avec votre personnalité traduit-il une passion quelconque pour la vitesse ? Mell : Lorsque je me produis pour des concerts, mon nom de scène c’est Mell. Mais pour signer mes textes, j’utilise plutôt Mell Turbo par nécessité puisque, pour la petite histoire, le nom de Mell avait déjà été déposé à la SACEM pour l’étranger. Alors, j’ai dû me creuser les méninges avec un ami écrivain avec lequel on avait fait un must turning pour trouver un autre pseudonyme. Nous avions opté en premier pour Mell Autru, puis le choix s’est imposé pour Mell Turbo. Mais j’apprécie également la vitesse… d’esprit ou la vitesse de la vie ainsi que la vitesse de la voiture ou de la moto même si je ne possède aucun des deux puisque je n’ai pas le permis.
LPC : Après la sortie de votre troisième album, il y a un an, vous publiez un recueil de textes. Une réelle envie d’être reconnue dans l’écriture ? M : Non, il n’y a pas de prétention franchement littéraire. Il se trouve que j’aime réellement écrire et que parfois, je rédige des textes pour des mélodies et d’autres qui restent orphelins, et que je stocke dans le tiroir... de mon ordinateur. Je ne jette jamais rien. Pour mon deuxième album, nous avions sorti une édition limitée accompagnée d’un recueil de textes, et quand j’ai eu entre les mains la production, j’ai ressenti une émotion intense pour le livre. C’était assez curieux comme sensation ; mais je pense que devant le public, tu te mets vraiment à poil avec tes textes et à ce moment précis, je me suis dit que je referais un autre recueil. Le destin a voulu que je sympathise avec un éditeur parisien au Québec, même si au moment de la rencontre, je ne le savais pas. J’avais sur moi un manuscrit et je m’étais dit que je le donnerais à celui qui, à Montréal, me toucherait particulièrement ; et ce fut lui, l’heureux élu. On s’est revu un mois après et il a décidé d’éditer le livre.
LPC : Qu’est-ce qui vous a inspirée pour écrire cet ouvrage ? Pouvez-vous nous le présenter ? M : Ça ressemble à l’opuscule La reine des guenons de l’album Voiture à pédales où le lecteur va pouvoir retrouver, entre autres et à travers 70 textes, des poèmes, des aphoristes et des pensées qui s’inspirent de ce que je peux vivre ou entendre dans mon quotidien avec une touche d’autodérision, d’humour potache, de mots crus ou des jeux de mots sous-tendus par l’amour avec un grand A. J’aborde également la politique, sans jamais utiliser la langue de bois, en filigrane tout au long du bouquin. Après chacun d’entre nous peut y voir ce qu’il veut. J’aime quand les mots ouvrent des portes à chaque fois différentes pour les lecteurs. Un aperçu du monde tel que je le vois et que je l’imagine car celui dans lequel je vis ne me plaît pas vraiment, alors j’utilise la dérision pour m’en moquer.
LPC : Comment avez-vous procédé pour l’écriture de votre manuscrit ? M : J’avais tout d’abord un premier titre pour ce recueil, La culture avec un gros Q, mais en cherchant quelques infos sur internet, je me suis rendu compte que c’était assez éculé (…si l’on peut dire). Alors avec mon éditeur, nous avons choisi Qultures qui m’a inspirée et du coup j’ai rédigé 69 textes en y rajoutant un peu plus tard un 70ème avec l’amour est un gros tas. Ensuite, pour ce qui concerne l’inspiration, j’ai la chance d’exercer un métier qui n’a pas d’horaires, et d’ailleurs je n’aime pas m’en imposer. Je suis assez du matin et j’aime me lever tôt même si je me couche très tard la veille sinon j’ai l’impression d’avoir perdu la journée si je rate un matin. Toutefois, j’essaye d’avoir une bonne hygiène de vie intellectuelle en écrivant tous les jours même si tous les brouillons ne sont pas bons à garder. C’est une dynamique que je m’oblige à conduire car le cerveau est un muscle et il faut l’entraîner. N’ayant pas eu un cursus littéraire et n’étant pas allée en faculté, j’ai l’impression d’être un imposteur mais avec du travail, mon style évolue et je progresse.
LPC : Comment avez-vous commencé à écrire ? M : A une certaine époque, j’avais un manager qui s’appelait Joe Ravioli de qui j’étais très proche et qui a su très vite déceler en moi l’envie d’écrire. Cette envie-là, je ne l’aurais pas concrétisée toute seule car cela me paraissait trop éloigné de mon univers musical et trop prétentieux. Joe m’a aidée à mettre en forme et en mots ce que j’avais plus ou moins comme idée dans la tête. D’ailleurs, c’est lui qui a pu rendre possible ce projet d’objet avec le bouquin La reine des guenons et le CD Voiture à pédales.
LPC : Un troisième opuscule en préparation ? M : J’ai plusieurs recueils de textes qui traînent chez moi, et il y en a un que je souhaite particulièrement publier car il me tient à cœur. Le tapuscrit a été tapé sur une Remington portative, trouvée lors d’un de mes chinages à Paris, et contient deux tomes. Le titre, c’est Je suis une machine à écrire. Je trouve l’objet très beau et placé devant toi, il ne te laisse pas indifférent, tu as envie de rédiger quelque chose sur le papier. La machine à écrire reproduit à l’identique l’humeur que tu exprimes au moment de la composition. Si tu es énervé, cela te fait des pâtés avec des lettres plus grasses sur la feuille, au contraire, si tu l’effleures à peine, la lettre est peu lisible. Il existe une réelle interactivité entre toi et l’objet, alors qu’avec l’ordinateur, le contact est si froid et insensible ! Si par hasard tu veux inventer un mot, le logiciel va te le souligner en rouge pour t’informer que le terme n’existe pas. La machine à écrire, c’est la liberté !
LPC : Pas envie de vous attaquer à un roman après les textes ? M : Non, pas pour l’instant, dans ma tête je n’en suis pas encore là. Je ne suis pas prête à me lancer dans un projet qui peut prendre des années de travail ou de maturation. Un jour pourquoi pas… peut-être ! Pour l’instant, si je compose des textes courts et des chansons c’est que j’aime l’immédiateté. En revanche, en ce moment je commence à écrire des nouvelles, alors peut-être est-ce une étape nécessaire avant un roman, qui sait ?
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