Vendredi 5 Septembre 2008 - 12:00

Nous, enfants de la tradition

La tradition africaine exorcisée par Gaston Paul Effa


Le dernier titre de l’écrivain Gaston Paul Effa, « Nous enfants de la tradition », sans être le moins du monde iconoclaste, remet l’Afrique à l’heure du XXIème siècle, à travers la douloureuse prise de conscience d’un intellectuel africain écartelé entre deux civilisations. Un ouvrage brillant et dérangeant, aussi bien pour les Africains que pour les Occidentaux.


« Nous enfants de la tradition », le dernier ouvrage de Gaston Paul Effa - © LPC|(montage de la rédaction)
« Nous enfants de la tradition », le dernier ouvrage de Gaston Paul Effa - © LPC|(montage de la rédaction)
Le tout dernier ouvrage de Gaston-Paul Effa, Nous enfants de la tradition, (Anne Carrière, 2008) et finalement le plus abouti, révèle de façon évidente la progression de son auteur dans son long voyage d’exploration et d’approfondissement de ses racines, qu’il revendique en même temps qu’il s’affranchit de leur sujétion. Le personnage principal, Osele, dans lequel on reconnaît l’auteur, réussit au bout d’un long et douloureux cheminement qui le laisse démuni, pauvre et malade, à exorciser des millénaires d’une tradition africaine qui l’étouffe et l’asservit, et au bout de ce chemin survient la libération, l’homme qui devient écrivain. « Voici le plus beau jour de ma vie, car je vais au livre. Je sais que ma destinée, si singulière, finira dans un livre. Je meurs comme un livre se ferme. (…) Je meurs, mais je tranche. » (Voici le dernier jour du monde), thème récurrent comme on le voit avec cette citation puisée dans un précédent roman.

Mais, comme le précise l’auteur, c’est une libération « littéraire », c’est-à-dire que dans un roman, on peut aller jusqu’à l’extrême, écrire l’aboutissement et le sublime, alors qu’il faudra sans doute encore bien longtemps pour que s’effacent les traditions, la pensée magique, l’obscurantisme et la dépendance contre lesquels lutte Osele. Son héros est une projection, un pari sur l’avenir, un double qui prononce les mots qui le brûlent pour se débarrasser de ce fardeau qui l’encombrait et l’empêchait de penser en homme libre. Tout Africain est forcément un enfant de la tradition. Tradition millénaire, faite de magie, - superstitions pour les Occidentaux-, de légendes racontées et non écrites, par les griots dont l’importance dans la transmission est considérable. En bon animiste il fait partie intégrante de la nature, et ne se perçoit pas réellement en tant qu’individu, mais en tant que simple membre non individualisé d’un grand tout. C’est aussi dans un monde tribal qu’il vit, et Osele, le héros, est d’une famille de « féticheurs », de notables. Et à ce titre il est, plus qu’un autre, investi d’une mission.

Car, et on ne le sait pas forcément, tout Africain qui part en France doit envoyer tout ce qu’il gagne à sa famille au pays, preuve qu’il a réussi, mais également signe dont sa famille peut se glorifier, et les ripailles lors d’un enterrement par exemple, sont fastueuses à la mesure de ce que la famille reçoit de l’exilé. On chante, on boit de l’alcool, et peu importe si celui qui est en France vit dans la misère, du moment que la tradition est respectée. Le nom « Osele » signifie « l’âne », « celui qui ne doit pas vivre pour lui mais pour tous les autres ». Une prédestination qu’il respecte, quand devenu ingénieur, doté d’une femme ravissante, d’enfants superbes, d’un confortable salaire, il met son couple en péril en envoyant tout ce qu’il gagne à sa famille africaine.

Sur cette trame somme toute peu originale pour un Africain, Gaston Paul Effa entraîne son lecteur sur le chemin semé d’embûches, de revirements, de douleurs physiques et morales qu’emprunte Osele. Celui-ci sera amené à réviser son héritage spirituel. Il a tout donné, il a tout perdu, et en en prenant conscience il se découvre une identité, non négociable, et il cesse d’envoyer des mandats, rompant avec des siècles de sujétion, et enfantant en quelque sorte dans la douleur un homme nouveau, une sorte de mutant. Et ce n’est pas trahir la pensée de l’auteur que de comprendre à travers ces multiples déchirements, ce dénuement auquel le héros est parvenu, ce dépouillement absolu, que de cet homme devenu l’ombre de lui-même doit naître, comme un phénix, un nouvel être, tout neuf, qui serait l’Africain sauveur de l’Afrique. C’est une très belle parabole qu’a façonnée là Gaston-Paul Effa, lui qui, à travers son action humanitaire, essaie d’aider son pays à progresser vers davantage d’ouverture et vers une prise de conscience que le passé est vraiment derrière lui. Car, dit l’auteur, « je suis pour une histoire en marche ».


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Gaston Paul Effa sera présent sous le chapiteau du salon du livre « Le livre sur la Place » à Nancy prévu les 18, 19, 20 et 21 septembre 2008 sur la Place de la carrière. (le site.

Marie-Hélène Fanton d'Andon



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