Lundi 10 Novembre 2008 - 23:36
Remise à Metz du prix Erckmann-Chatrian, le Goncourt lorrain
Et le gagnant est...
Le même jour que le Goncourt parisien, à 12 heures, est présenté à la presse le palmarès du prix Erckmann-Chatrian, le « Goncourt lorrain ». Erckmann et Chatrian, les deux complices en littérature, auxquels on doit l’inoubliable Ami Fritz, mais aussi des contes et nouvelles fantastiques qui firent leur succès, ont donné leur nom à ce très ancien prix littéraire qui chaque année couronne des romans et des ouvrages de grande qualité, pour lesquels l’exigence absolue est que, de près ou de loin, ils présentent une relation avec la Lorraine.
(De la gauche vers la droite) Gaston-Paul Effa, Président du jury 2008, et Philippe Martin, membre du jury, annoncent à la presse les lauréats de 2008 à l'Hôtel de ville de Metz - ©LPC|JML
L’ambiance était à la fois chaleureuse et fébrile à l’Hôtel de Ville de Metz ce 10 novembre 2008 lorsque le président du prix Erckmann-Chatrian, le romancier et ancien lauréat de ce même prix, Gaston Paul Effa, a annoncé à 12 heures précises, sur l’antenne de France 3 Lorraine et en présence de la presse locale et de l’adjoint à la culture Antoine Fonte, le palmarès de l’année 2009. Réunis depuis le matin, les 11 jurés, auteurs, journalistes, personnalités de la culture en Lorraine, n’ont pas eu à délibérer longtemps puisque dès le premier tour de scrutin leur choix s’est porté sur le roman de Gérald Tenenbaum, L’ordre des jours, (éd. Héloïse d’Ormesson), par 6 voix contre 3 à Elise Fontenaille pour L’aérostat (Grasset), et 2 voix à Olivier Larizza pour Le choix des armes (éd. Anne Carrière). Le président du jury n’a pas eu de mots assez forts pour célébrer l’intensité de ce roman, dont l’action se situe juste après la fin des combats de la première guerre mondiale, un moment rarement évoqué dans les romans. L’auteur métamorphose les sentiments de douleur en espérance, l’être qui souffre atteint à l’universalité ; en ce sens, a commenté Gaston-Paul Effa, l’auteur est devenu un passeur, c’est le livre d’un homme au sens le plus noble du terme, écrit dans une langue d’une qualité remarquable. Un vrai grand roman.
Depuis 1989 une Bourse du récit historique a été rajoutée au prix du roman, et le lauréat en est Régis Latouche pour Lorraine 1918, De l’armistice à la reconstruction. Ou comment on peut pour une fois, malgré le titre, oublier de penser à la guerre, puisque l’histoire commence le 11 novembre, premier anniversaire de la reconstruction du pays ! L’auteur invente là une nouvelle façon d’aborder le thème, tellement évident que personne n’avait encore pensé à le faire ! Le livre, superbe, est servi par une iconographie exceptionnelle, des encadrés signalant des anecdotes historiques parfois surprenantes, et une mise en page très professionnelle et de haute tenue de la jeune maison d’édition de Nancy « Place Stanislas ». Un livre qui peut aussi toucher le public scolaire et estudiantin. Le dernier prix, créé en 1993, est la Bourse lorraine, décerné à Martine Henry pour Les Vosges Buissonnières de Michel Colin, un très beau livre où la déclinaison des paysages vosgiens selon les saisons par l’aquarelliste de renom Michel Colin est accompagnée d’esquisses, de textes et de poésies formant un ensemble élégant, rafraîchissant et fort bien valorisé par la mise en page de grande qualité des éditions lorraines Gérard Louis.
Si le prix Erckmann-Chatrian ne rapporte rien aux lauréats en espèces sonnantes et trébuchantes, il a surtout pour objectif de perpétuer l’image d’une Lorraine et de Lorrains fortement ancrés dans l’écriture et le talent, car depuis la création de ce prix, nombreux sont les auteurs qui ont ensuite connu la célébrité sur le plan national. Cependant les membres du jury ont constaté avec inquiétude que, malgré sa rigueur, sa qualité et la consécration que lui confère son ancienneté dans le paysage des prix littéraires nationaux, le prix Erckmann-Chatrian n’a pas la réputation qu’il mériterait. Certes, le jury ne se réunit pas autour d’une des tables étoilées de la région Lorraine, mais ses exigences sont les mêmes que celles de ses confrères parisiens, peut-être même supérieures. Et depuis que le TGV arrive en Lorraine, celle-ci est devenue la banlieue de Paris ! Si l’on tient compte de tous ces romanciers, historiens, essayistes qu’il a consacrés depuis tant d’années, on ne peut que souhaiter au prix Erckmann Chatrian qu’il continue à honorer comme il le fait l’écriture et le talent.
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