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Rencontre avec Beate Bauer, artiste peintre installée en Meuse
Je peins l’homme dans sa condition au-delà de l’histoire…
Véritable coup de cœur du mois pour la rédaction de la Plume Culturelle, Stéphanie Zuccali a rencontré Beate Bauer, une artiste peintre qui sonde en permanence l’âme humaine, à l’aide de ses pinceaux et de la lame de ses ciseaux. Installée sur les bords de la Meuse, elle ouvre les portes de son atelier pour nous rencontrer.
Beate Bauer, l'artiste peintre - © LPC|SZ
Née en 1950 à Bad-durkheim, Beate s’intéresse très vite à l’écriture, à la peinture, à la musique et au théâtre. En 1969 elle obtient un prix littéraire pour lycéens, elle tranchera pourtant en faveur des arts plastiques car, dit-elle, « avec l’écriture on ne se salit pas assez les mains ». Quatre ans plus tard, elle réalise sa première exposition personnelle de peinture à Bern en Suisse. Dès lors elle ne cessera de peindre en multipliant les modes d’expression : encre, dessins, collage, vernis, acrylique ou peinture à l’huile. « J’utilise tout ce qui me tombe sous la main : pinceaux, torchons, truelles, couteaux de cuisine, bouts de carton, spatules, les mains et les doigts. Je peins, je gratte, j’éclabousse, je malaxe, je mélange, je fouille, je tache ! », indique l’artiste.
Elle vit aujourd’hui à Dun sur les bords de la Meuse, c’est là qu’elle m’ouvre, pour la première fois, les portes de son atelier. Un endroit d’une étonnante propreté où tout est soigneusement rangé. Beate, Jacques et leur fils Thibault viennent tout juste de déménager du Midi de la France. Une série de tableaux illustre l’intensité de sa vie familiale faite d’amour et de liens indéfectibles. Beate symbolise cette union par un être au triple visage. « Depuis que je peins, mon intérêt tourne exclusivement autour de la figure humaine. Je commence avec des taches de couleur pure que je laisse sécher. Jour après jour, je charge la toile avec des couches de couleurs épaisses transparentes, denses, fluides … des montagnes, des coulures, des fleuves, des crevasses, des lacs se forment. Et de ces paysages abstraits se dégagent un nez, un œil, un nombril, un ventre », explique Beate Bauer.
« J’écarte toute anecdote, toute référence à une époque car je veux parler de toutes sortes d’humains. C’est la raison pour laquelle mes figures sont nues. Je peins l’homme dans sa condition au-delà de l’histoire. Je cherche ce qui est inscrit dans son regard, son corps, sa chair, sa peau. Le seul parement est cette peau qui est protection, écorce mais aussi une membrane sensible et fragile » précise-t-elle. C’est une succession d’hommes et de femmes qui nous observent fixement, les yeux exagérément grands, la pupille dilatée. Est-ce notre image dans le reflet de ces pupilles béantes ? Beate nous parle de ses corps qu’elle dessine, mais ce sont davantage des portraits, des regards qu’elle peint sans relâche depuis 40 ans.
Elle se sent proche des peintres des cavernes, suivant leurs gestes ancestraux. Le trait large et noir contourne les formes de ses corps, dirige leurs regards. Les couleurs vives posées en larges aplats d’ocre et de carmin, nous rappellent la terre de Sienne, la lave du volcan. Le trait est primitif, singulier. C’est un cri, un témoignage de nos racines. De ses personnages, résonnent d’anciennes légendes. Les cadrages resserrés l’obligent souvent à associer plusieurs toiles pour achever ses visages ou unir deux corps. Les personnages se contorsionnent, s’agglutinent, se superposent dans le même espace toujours trop étroit. Il jaillit de ses toiles des hommes et des femmes nus en corps à corps. Beate nous livre un regard intime sur les êtres, nous plonge dans les profondeurs de l’âme humaine.
« Le portrait n’appartient plus à la réalité mais à la vérité. La fixité du regard qui regarde le regardeur est l’interrogation de l’inexprimable », conclut Bauer Beate.
A son atelier :
Bauer Beate
Les rosiers jaunes
6 rue de l’Ile
55110 Dun sur Meuse
Galerie d’art contemporain et exposition de meubles peints par Beate Bauer.
Passé au présent
6, rue de l’Ile
55110 Dun sur Meuse
03.29.88.19.41
Les commentaires des internautes
1. Posté par
Brinaert Lise
le 09/04/2008 15:16
Je ne connais pas Madame Stéphanie Zuccali, cependant je dois la féliciter pour son article, il est vivant, ample et plein de passion. Je connais l'artiste et son oeuvre, elle a exposé plusieurs fois en Belgique. C'est véritablement "La Pasionaria" de l'humain, elle est une coloriste de l'extrême, elle fait parler les yeux -qui sont le miroir de l'âme- avec intensité; le "regardeur" est sondé, observé, comme si le sujet du tableau lui faisait son introspection. Que dire de plus, laissez-vous porter par les tableaux de Beate Bauer, ils vous ouvrent largement les portes de l'émotionnel, du ressenti vivifiant qui fait vibrer en vous la fibre la plus sensible et la plus intime de votre être.
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