Mardi 24 Janvier 2012 - 12:17
Shaka Ponk : lessive de chaussettes sales à Nancy
Shaka Ponk en concert le 26 janvier à L’Autre Canal et en séance de dédicace à la FNAC
Après des années passées à satisfaire le public d’Outre-Rhin, le groupe d’esperanto-électro-rock semble conquérir sa terre natale. La file d'attente s’annonce longue pour la séance de dédicace qui aura lieu le 26 janvier prochain à 17h00 à la FNAC de Nancy. Histoire de patienter, Frah, le chanteur de Shaka Ponk, a répondu aux questions de la rédaction.
De gauche à droite : Ion (drums), Steve (keyboard), CC (guitare), Sam (chant), et Frah (chant). - © LPC | Shaka Ponk
La Plume Culturelle : avant « The Geeks and the Jerkin’Socks », Shaka Ponk était surtout connu en Allemagne ? Frah : c’est normal, on s’y est créé. Au départ, avec quelques personnes -des graphistes, des vidéastes, et des musiciens- on avait décidé de monter un collectif d’artistes. On mélangeait de la vidéo et du son mais nous étions loin d’avoir l’intention de faire un groupe de rock. Shaka Ponk est né à Berlin. On s’y était tous installés parce que c’est une ville très particulière. Dans le sens où elle accueille des gens venus des quatre coins de la Terre. Tout ça, ça donne un melting-pot d’artistes et de gens venus pour se rencontrer et échanger. Contrairement à la France, le mélange n’y était pas étrange. Du coup, avec ce qu’on proposait, on avait notre place dans cette ville. C’est pour cela qu’en Allemagne ça a été plus vite pour nous.
LPC : pour le coup, avec votre dernier opus, vous venez frapper un grand coup sur la scène française. On vous voit programmés partout. Qu’est-ce qui a changé ? F : rien ! (rires) Je ne crois même pas que ça vient de l’album. En fait, on est des hyperactifs de l’Internet depuis des années. Et comme on s’éclate à faire de la vidéo, on filme beaucoup de choses. On a carrément des caméras partout et tout le temps. Alors forcément on se retrouve avec beaucoup de choses en ligne. Ca doit être pour ça qu’on s’est intéressé à nous. Les gens d’aujourd’hui ont besoin de contenus visuels et sonores dans leur quotidien. C’est ce qu’on leur donne. Avec ces multitudes de vidéos et de sons on colle finalement bien à notre époque, à la frénésie de l’Internet, ou encore à la boulimie de l’information. C’est ce qui a dû faire que les médias ont commencé à s’intéresser à nous.
LPC : ça doit quand même être gratifiant d’être enfin reconnu dans son pays ? F : pour sûr ! Mais bon, on passe encore énormément de temps la tête dans les ordinateurs à faire des montages, de la 3D et tout ce qui fait que l’univers de Shaka Ponk est ce qu’il est maintenant. Lorsqu’on la sort un peu et qu’on regarde autour de nous, on est toujours surpris. On a du mal à se faire à l’idée. Hier (ndlr. vendredi 20 janvier) par exemple, on a encore appris qu’on serait nommés aux Victoires de la Musique et qu’une Tournée des Zéniths de France allait se faire. C’est normal qu’on soit étonnés de notre situation. De plus, ce qui nous prend les tripes à nous, c’est de continuer à produire des images et du son. On a comme des œillères.
LPC : on parle partout de l’album de la maturité et de la qualité. Et vous, vous en dites quoi ? F : il faut savoir que pour cet album, on a procédé de la même façon que pour les deux autres. C'est-à-dire qu’on fonctionne avec une carte-son médiocre, un ordi, et on se place autour. Nos chansons sont faites sans rentrer en studio. On n’a pas de producteur… On en est encore à appeler des potes, à leur demander comment le machin fonctionne pour faire un son de caisse claire qui va bien. On n’a pas du tout l’impression d’être matures. C’est encore du grand n’importe quoi mais ça fait partie du truc et on a envie que ce soit comme ça. En réalité, je ne pense pas que le succès de ce disque soit lié à une maturité quelconque. Il résulte plutôt d’un travail de longue haleine sur le terrain. En tous cas, j’espère que le temps passera et qu’on fera des morceaux qui seront à notre point de vue matures en termes de qualité et de production parce que là on en est encore très très loin à mon sens. (Rires)
LPC : « The Geeks and the Jerkin'Socks »… C’est un hommage à la vie sexuelle passionnante des nerds ? F : (rires) au départ, le CD devait s’appeler autrement. Il faut savoir qu’il nous arrive très souvent de faire les images avant de faire les morceaux. Cette fois, on était parti dans un délire de science-fiction old school. Un peu à la Carpenter. Et l’idée, c’était de le nommer « The Galacticks and the Surfin’Jocks » (ndlr. Les gars de l’espace et les DJ surfeurs). Mais il a été déformé par le bouche-à-oreille. En se le disant les uns aux autres ça a donné « The Geeks and The Jerkin’Socks ». Ca nous a tellement fait rire qu’on l’a gardé. Et puis c’est un titre qui nous correspond super bien. On aurait bien aimé être des rock stars mais on est des geeks, tant pis… Pour autant, on n’utilise pas tous ces chaussettes-là ! Le « Jerkin’Socks » c’était surtout pour le côté fun !
LPC : Adam Turner, le rappeur de Beat Assailant, et Bertrand Cantat apportent leurs touches à cet album. Comment se sont faites les deux rencontres ? F : avec Adam, ça date du premier album. Il était venu poser des voix un jour où on s’amusait. Ce n’était même pas destiné à finir sur un de nos albums. Et puis quand on a bossé « Old School Rocka » je me suis rappelé cette petite collaboration. Je l’ai alors appelé pour savoir si je pouvais utiliser ces vieux samples. Il était super frustré ! Il voulait carrément réécrire des couplets pour faire un truc bien mais c’était trop tard puisqu’on devait rendre l’album trois jours après. Du coup il s’est retrouvé un peu malgré lui au featuring. Quant à Bertrand, un soir il était dans une salle où on jouait (ndlr. Le Krakatoa à Bordeaux). Il était venu voir ses amis qui jouaient en première partie. Après le concert, il était venu nous voir en nous disant qu’il avait adoré. On est restés en contact et on est devenus potes. Et puis au fil de discussions, de dîners, il y a un moment où les guitares se retrouvent au milieu. On se met à gratouiller, on trouve un truc et ça devient un morceau. C’est quelqu’un d’incroyable ! Il habite tellement « Palabra mi Amor » qu’il faut qu’il y ait un ou plusieurs concerts où il soit là. Personnellement quand je le joue sans lui, j’ai le sentiment de ne le faire qu’à moitié.
LPC : dans « My name is Stain », on retrouve des influences funk, peut-être reggae même. C’est ce côté électro de Shaka qui permet de ratisser large dans les genres ? F : pour commencer, on écoute tous les styles de musique en mode Ipod. On est curieux. Même si on n’aime pas tout, on ne déteste rien. C’est surtout pour ça que sur un album on se retrouve assez facilement à faire des grands écarts. Après, il faut noter que nos morceaux se font toujours sans nous poser de questions. Ca a été le cas avec « My name is Stain ». On était tombés sur une émission qui faisait le portrait d’un mec gravement malade et qui relativisait tout. C’était une leçon de vie pour tous. Pour celui qui pète un plomb à la caisse du Monoprix parce que ça n’avance pas assez vite. On s’est inspirés de ce mec plein de sagesse pour le texte, et naturellement s’est posée cette ambiance un peu reggae. Maintenant on ne s’est pas dit : tiens on va faire un morceau comme ça ! Shaka Ponk ça part vraiment dans tous les sens et ça donne ce truc à la fin qu’on ne sait plus vraiment comment il est sorti.
Contacts et Renseignements : FNAC Nancy 2, Avenue Foch - 54000 Nancy - le site Internet : www.fnac.com/nancy L'Autre Canal 45, Boulevard d'Austrasie - 54000 Nancy - le site Internet : lautrecanalnancy.fr Séance de dédicace à la FNAC le 26 janvier 2012 à partir de 17h00 - concert à L'Autre Canal le 26 janvier 2012 à partir de 20h30.
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