Mercredi 24 Février 2010 - 12:59
Tania Kobisy, une révélation au Salon du livre féminin d'Hagondange
Le récit poignant d'une jeune femme qui a failli être brisée
Tania Kobisy n'a que 33 ans. Un mariage qui la mène aux portes de la mort, une vie menacée, des enfants à élever. Après la parution de son livre « La malédiction », modèle de courage, elle continue le combat pour la cause des femmes maltraitées. Portrait d'une femme rare.
La Malédiction, paru aux éditions Société des écrivains, c'est un petit livre à la couverture lumineuse qui représente un coucher de soleil sur une plage, la plage du village de Klailé, au Liban, où est née Tania Kobisy. Dans un Liban en guerre, la petite fille n'a pas vraiment souffert des hostilités, entourée d'amour par une famille unie et un père qui lui servira toujours, même après sa mort, de modèle et de référence pour surmonter les moments les plus difficiles de sa vie. Hélas la famille n'a que des filles, et dans ces pays aux traditions pas toujours favorables aux femmes, l'aînée doit se marier la première. La jeune fille de 16 ans, brillante élève qui aurait souhaité être médecin, accepte donc l'union avec un Libanais qui va l'emmener vivre en Côte d'Ivoire. Ce sera le début d'une longue suite de désillusions, de chagrins, de douleurs, elle connaîtra l'humiliation, les coups, la pauvreté, le viol conjugal, elle manquera mourir sous les coups de son bourreau. elle se demandera toujours pourquoi... « Même si je te tue, tu dois m'accueillir avec le sourire », lit-on dans le livre. Ce sont les mots de son mari...
Bien que de religion musulmane elle a fait ses études dans une école chrétienne, car son père pratiquait l'amour de son prochain et la tolérance, «c'était un homme bon, dit-elle, qui respectait et aimait les autres, qui avait donné à ses filles foi en leurs droits et en leur liberté. En Côte d'Ivoire elle découvre le règne de la corruption, l'argent remplace la morale, la femme est un être soumis à l'homme qui applique sa loi, elle n'a aucun droit. Elle a aimé son mari comme on aime à 16 ans, en croyant en lui, et même s'il la frappe, c'est elle qui s'excuse, même de rien, parce que là-bas elle n'a pas le choix. Parce qu'elle est son épouse, parce qu'elle en a des enfants. A 16 ans il lui impose même une enfant née d'une autre union. Elle a cru qu'il pourrait changer, avec espoir et pitié pour lui elle a tout supporté, jusqu'au moment où tout a basculé, et où elle a réussi à obtenir, en cachette, un visa pour une terre d'asile, la France, qui l'a accueillie avec ses enfants.
Espoir et déception, le titre d'un des chapitres, montre que son difficile parcours a continué en France. Mais désormais, affirme-t-elle avec détermination, « je ne me laisserai plus faire ». « Il faut que je sois quelqu'un, dit la jeune femme, l'histoire de Tania doit être connue, car c'est moi-même, une femme, qui ai écrit mon histoire ». La véritable histoire de Tania, celle de sa renaissance, commence au moment où elle met le point final à la rédaction de ces cahiers rédigés en arabe et dont l'écriture l'a soutenue comme une thérapie. Ce livre poignant, malgré ses émouvantes imperfections, est fait pour toutes les femmes, pour qu'elles apprennent à résister au pouvoir absolu de l'homme, pour qu'elles acquièrent le droit de relever la tête et ne se laissent plus frapper et détruire.
Désormais Tania peut rêver, elle souhaite continuer à écrire, elle qui a grandi le crayon à la main. Elle se bat encore pour que son « mari » ne lui prenne pas ses enfants, qui sont grands maintenant, car lui n'a pas renoncé malgré les années de séparation et les milliers de kilomètres, malgré un divorce prononcé en France mais qui n'est pas reconnu au Liban. Dans certains pays les lois ne sont pas souvent faites pour les femmes, même au XXIème siècle...Tania relève le défi de la malédiction qui pesait sur sa famille ; femme et mère courage elle souhaite porter son histoire devant la Cour Internationale des droits de l'homme, et mener, en collaboration avec les associations qui la soutiennent et l'ont aidée à traduire et faire éditer ce livre, un combat quotidien pour les droits des femmes opprimées. En ce sens, elle a toute sa place au Salon du Livre féminin d'Hagondange, où d'autres femmes comme elle ont appris à revendiquer leur égalité face au machisme et au pouvoir absolu de l'homme qui appartient à un siècle révolu.
Contact et renseignements 5ème Salon du Livre féminin d'Hagondange Salle des fêtes Paul Lamm Rue Henri Hoffmann 57300 Hagondange 03.87.71.50.10 Samedi 27 : de 14h à 18h (remise du prix de la Ville à 14h30) Dimanche 28 : de 10h à 18h En collaboration avec la librairie Hisler Even de Metz En partenariat avec France Bleu
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