L'évacuation des Mosellans. - ©LPC|
Le Service départemental d'Archives de la Moselle, ainsi que la médiathèque de la communauté d'agglomération Sarreguemines Confluences se sont associés pour mettre sur pied, en exploitant leurs dépôts d'archives, et avec le concours de particuliers qui ont apporté leurs propres documents, une superbe et émouvante exposition concernant l'évacuation des villes et villages mosellans limitrophes de la Ligne Maginot. Philippe Leroy, Président du Conseil Général de la Moselle, en rendant hommage au travail fourni par les archives départementales, a insisté sur la nécessité pour les particuliers de leur confier leurs propres documents et archives, alimentant ainsi un réservoir de données dans lesquelles puiseront les chercheurs, car l'histoire si particulière de cette partie de la France mérite que des recherches soient entreprises pour regrouper tous les témoignages de cet incroyable exil intérieur que vont connaître, pour des raisons politiques, des populations civiles à l'intérieur de leur propre pays.
En effet, dès septembre 1939, l'Allemagne attaque la Pologne. C'est à ce moment que les autorités politiques et militaires organisent,selon des plans déjà élaborés en prévision du danger et d'éventuels mouvements de troupes dans la zone, l'évacuation de 200 000 à 250 000 personnes, habitant cette partie limitrophe de la ligne Maginot dénommée "zone rouge", En quelques heures à peine un énorme mouvement de population est organisé pour que les Mosellans concernés puissent, avec quelques effets personnels rassemblés à la hâte, et laissant derrière eux tous leurs biens, se replier vers des départements plus sûrs, mais lointains, comme la Vienne, la Charente et la Charente-Inférieure, de même que, dans une moindre mesure, la Loire, la Saône-et-Loire et le Pas-de-Calais. Une seconde vague d'évacuation, celle de la zone arrière de la ligne Maginot, aura lieu à partir du 10 mai 1940, dès le déclenchement de la bataille de France.
Le mérite de cette exposition où alternent de nombreuses cartes, des documents officiels aussi bien que personnels, des objets de la vie quotidienne, des "unes" du Républicain Lorrain en allemand, est de donner à voir et à comprendre à la fois les préoccupations des autorités qui devaient gérer, avec une logistique souvent approximative vu l'urgence, l'évacuation de 300 villages sur le territoire français, et le vécu des familles qui se trouvaient sans préparation jetées sur les routes d'un exode qu'elles n'avaient pas vu venir. D'autant plus qu'elles vont traverser le pays, que les populations de l'Est de la France qui se retrouvent dans l'Ouest vont être confrontées, on peut le dire, à une quasi différence de civilisation... et que cette situation n'ira pas sans conflits locaux et régionaux. Par exemple, les petits écoliers de la Moselle, qui vivait sous le régime du concordat avec un enseignement dispensé par des religieux, se retrouvent en terre laïque, ce qui ne va pas sans nécessiter quelques ajustements et aménagements. Ainsi peut-on lire sur un courrier de l'inspection des écoles les consignes données aux instituteurs mosellans pour favoriser l'intégration des enfants mosellans en Charente. D'un autre côté les autorités locales font tout pour organiser au mieux l'intégration des réfugiés dans les familles d'accueil, organisant des services de santé ou des arbres de Noël par exemple.
Dans le public intéressé par cette exposition, de nombreux Mosellans qui ont vécu cette période troublée se rappellent. Certains ont connu des situations parfois dramatiques, le dépaysement était total car tous les habitants d'un même village ne se retrouvaient pas forcément au même endroit, et si la plupart des accueillants jouaient le jeu, d'autres refusaient d'ouvrir leur porte aux "boches", comme ils appelaient les Mosellans, dont certains ne parlaient que le dialecte. L'ouvrage d'Adolphe Thil "Ils n'iront plus au bois" paru aux Editions Serpenoise et maintes fois réédité, raconte cet exil d'un enfant lorrain. Marie-Andrée Garner-Jung, née en 1934, se souvient du voyage dans des wagons à bestiaux, après avoir dû, depuis Sarreguemines, rallier à pied ou en charrette le point d'accueil des évacués à Rémilly. Toute sa famille, assez nombreuse, était logée près d'Angoulême dans les dépendances d'une maison bourgeoise, qui ne fut pas occupée par les Allemands parce que sa mère, qui parlait bien l'allemand, avait pu servir d'interprète entre l'occupant et la propriétaire. "Grand-mère, raconte-t-elle, ne parlait que le dialecte, et les religieuses qui nous faisaient l'école avaient organisé des cours de français pour ceux qui le voulaient, je revois encore ma grand-mère, âgée bien sûr, partir au cours avec son carnet à la main".
Si l'adaptation fut souvent rude, et les retours mouvementés - certains d'ailleurs ne retournèrent jamais en Lorraine - presque 70 ans après, entre les villages mosellans et les villages qui accueillirent les évacués, des liens très forts restent tissés et les échanges entre associations contribuent à maintenir les amitiés qui se sont installées au travers d'un épisode particulièrement difficile pour les populations civiles lorraines de la deuxième guerre mondiale.
Contact et renseignements :
Exposition : Un exil intérieur : l'évacuation des Mosellans, septembre 1939-octobre 1940 Entrée libre
Du 9 octobre 2009 au 7 mai 2010 Service Départemental d'Archives de la Moselle Saint-Julien-lès-Metz - tél.: 03 87 78 05 00
Du 10 octobre 2009 au 31 janvier 2010 Médiathèque de la Communauté d'Agglomération Sarreguemines Confluences - tél.: 03 87 28 60 80
Exposition : Un exil intérieur : l'évacuation des Mosellans, septembre 1939-octobre 1940 Entrée libre
Du 9 octobre 2009 au 7 mai 2010 Service Départemental d'Archives de la Moselle Saint-Julien-lès-Metz - tél.: 03 87 78 05 00
Du 10 octobre 2009 au 31 janvier 2010 Médiathèque de la Communauté d'Agglomération Sarreguemines Confluences - tél.: 03 87 28 60 80












"Un exil intérieur", exposition aux Archives départementales de la Moselle







